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	<title>VERITE-ATTENTAT-KARACHI.ORG</title>
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	<description>Connaître la verité....</description>
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		<title>Affaire de Karachi: ce qui accuse le président du Pakistan &#8211; 3 Aout 2010</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Aug 2010 19:48:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
Officiellement, ils n&#8217;en ont pas parlé. L&#8217;affaire de Karachi n&#8217;a pas été abordée lors d&#8217;une rencontre à l&#8217;Elysée, lundi 2 août, entre Nicolas Sarkozy et le président du Pakistan, Asif Ali Zardari, pourtant  tous deux cités à de nombreuses reprises et à des degrés divers dans le  dossier. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>Officiellement, ils n&#8217;en ont pas parlé. L&#8217;affaire de Karachi n&#8217;a pas été abordée lors d&#8217;une rencontre à l&#8217;Elysée, lundi 2 août, entre Nicolas Sarkozy et le président du Pakistan, Asif Ali Zardari, pourtant  tous deux cités à de nombreuses reprises et à des degrés divers dans le  dossier. Un véritable acte manqué&#8230;</p>
<p>Depuis deux ans, un magistrat français, le juge d&#8217;instruction parisien Marc Trévidic, a recueilli plusieurs témoignages et documents qui mettent directement en cause le président pakistanais dans un système de corruption d&#8217;Etat au cœur de ventes d&#8217;armes franco-pakistanaises, que Nicolas Sarkozy avait, en leur temps, <a title="Lire l'enquête de Mediapart" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/040510/nicolas-sarkozy-est-rattrape-par-laffaire-de-karachi">suivies de très près</a>.</p>
<p>Le juge Trévidic enquête sur les causes de l&#8217;attentat de Karachi, qui a tué le 8 mai 2002 quinze personnes dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN). Ceux-ci travaillaient à l&#8217;exécution d&#8217;un contrat d&#8217;armement – la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan –, conclu en septembre 1994 par le gouvernement d&#8217;Edouard Balladur.</p>
<p>Le juge, qui a définitivement exclu la thèse Al-Qaïda, privilégie désormais une hypothèse d&#8217;enquête selon laquelle les victimes de l&#8217;attentat de Karachi ont été la cible d&#8217;un règlement de comptes lié aux dessous financiers du contrat Agosta, en l&#8217;occurrence le non-paiement de pots-de-vin à des intermédiaires pakistanais.</p>
<p><img src="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/SARKO-ZARDARI.jpg" alt="MM. Sarkozy et Zardari" width="475" /></p>
<p><em>«Quand ces événements sont intervenus </em>(en 2002)<em>, j&#8217;étais en prison </em>(dans le cadre de plusieurs affaires financières qui lui ont valu le surnom de “Monsieur 10%” dans son pays, NDLR)<em>. Je ne vois pas comment je pourrais avoir un lien avec cette affaire. Pour nous, cet attentat n&#8217;a rien à voir avec le contrat des sous-marins (&#8230;), c&#8217;est un pur acte de terrorisme»,</em> s&#8217;est défendu M. Zardari dans un entretien au <em>Monde</em>, daté du 4 août.</p>
<p>Reste que s&#8217;il n&#8217;y a, pour l&#8217;heure, pas de preuve matérielle d&#8217;un lien entre le contrat des sous-marins pakistanais et l&#8217;attentat, le juge Trévidic a d&#8217;ores et déjà recueilli une masse importante de documents et témoignages qui jettent une lumière crue sur les troubles mœurs politico-financières qui ont entouré la conclusion du marché Agosta.</p>
<p>Deux personnages clés ont émergé de l&#8217;enquête. En France: <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/020610/karachi-la-police-luxembourgeoise-met-en-cause-nicolas-sarkozy">Nicolas Sarkozy</a>, ministre du budget entre 1993 et 1995, c&#8217;est-à-dire <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/040510/nicolas-sarkozy-est-rattrape-par-laffaire-de-karachi">celui </a><a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/161109/affaire-de-karachi-un-temoin-pointe-le-role-particulier-de-sarkozy">qui a validé les plans de financement</a> des contrats d&#8217;armement comprenant le versement des commissions occultes. Au Pakistan: Asif Ali Zardari, ministre du gouvernement (de l&#8217;environnement puis de l&#8217;investissement) et, surtout, mari du premier ministre de l&#8217;époque, Benazir Bhutto, épousée en 1987 à la faveur d&#8217;un mariage arrangé par la mère de celle-ci. Les deux mêmes qui se retrouvent, quinze ans plus tard, sur le perron de l&#8217;Elysée&#8230;</p>
<p>Aussi choquant que cela puisse paraître, en 1994, au moment des négociations du contrat Agosta, rien n&#8217;était plus légal pour une entreprise ou un Etat que de corrompre des décideurs étrangers (politiques, administratifs, militaires&#8230;) afin de décrocher un contrat à l&#8217;international.</p>
<p>Il faudra attendre 1997 pour que l&#8217;Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mette un terme à cette béance juridique, à l&#8217;origine de toutes les dérives commerciales et irresponsabilités politiques. La convention OCDE ne sera toutefois ratifiée par la France que trois ans plus tard, en septembre 2000.</p>
<p><em><strong>La corruption, «du balayeur au premier ministre»</strong></em></p>
<p>Quand la France se met, dès 1992, sur les rangs du marché des sous-marins pakistanais, l&#8217;Etat, qui est actionnaire majoritaire de la DCN, peut donc corrompre en toute légalité. Et il ne s&#8217;en privera pas face à la rude concurrence suédoise et allemande d&#8217;alors. Les pots-de-vin sont prêts et peu importe que le Pakistan, qui choisira la France au cours de l&#8217;année 1994, soit l&#8217;un des pays les plus instables au monde, entre corruption de ses élites, nationalisme exacerbé, dérives fondamentalistes et menace permanente d&#8217;une guerre nucléaire avec l&#8217;Inde.</p>
<p>Sur les 826 millions d&#8217;euros que représente la vente des sous-marins Agosta, la DCN (constructeur et exportateur des bâtiments militaires) réserve une première enveloppe de commissions d&#8217;un montant de 51,6 millions d&#8217;euros (6,25% du contrat), destinée à des intermédiaires chargés de redistribuer ensuite l&#8217;argent à des dignitaires du pays acheteur. Pour les “convaincre”. Un organisme d&#8217;Etat est alors mandaté pour faire le lien entre la DCN et les agents d&#8217;influence, la Société française de matériels d&#8217;armement (Sofma). Objectif corruption.</p>
<p>Interrogé le 23 novembre 2009 par le juge Trévidic, l&#8217;ancien directeur international de la DCN, Emmanuel Aris, a déclaré à ce sujet: <em>«Dans mon esprit, les 6,25% versés à la Sofma couvraient l&#8217;ensemble des décideurs politiques ou militaires. (Ils) devaient à mon sens couvrir l&#8217;ensemble des intervenants, du balayeur, c&#8217;est une façon de parler, au premier ministre pakistanais, en passant par tous les échelons concernés.»</em> Lors de son audition, Emmanuel Aris ne dit jamais <em>«corrompus»</em> à propos des destinataires ultimes des commissions, mais, plus pudiquement, <em>«couverts».</em></p>
<p>Face aux députés de l&#8217;Assemblée nationale, qui ont mené <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/130510/karachi-lobstruction-ecrite-de-christine-lagarde">une mission d&#8217;information parlementaire</a> sur l&#8217;affaire de Karachi, Emmanuel Aris sera un peu plus précis. Selon lui, l&#8217;enveloppe de pots-de-vin affectée à la Sofma <em>«devait permettre de créer un environnement favorable à la conclusion du contrat. (Cela) permettait de traiter tout le monde: les balayeurs, les petits capitaines, le chef d&#8217;état-major de la marine, le ministère des finances ainsi que l&#8217;entourage de Mme Bhutto».</em> Avec quelle diplomatie ces choses là sont dites&#8230;</p>
<p><em><strong>«Pour les 4% destinés à Zardari/Bhutto&#8230;»</strong></em></p>
<p>Directeur général délégué de la Sofma au moment d&#8217;Agosta, Henri Guittet a en effet assuré dans le bureau du juge Trévidic, le 9 avril 2010, que sur les 6,25% de commissions prévues <em>«il y avait 4% pour Zardari/Bhutto par l&#8217;intermédiaire de Lodhi qui peut-être gardait un peu pour lui». </em>Il a aussi déclaré:<em> «Je crois qu&#8217;avec Zardari, ils avaient créé une société pour recevoir cet argent. Je ne me souviens pas du nom de la société. Elle était peut-être suisse, ou à Panama (&#8230;) Sur ce qui restait, il devait y avoir 1,5% pour Lodhi lui-même, un peu pour Ansari (un autre intermédiaire, NDLR), de l&#8217;ordre de 0,25%, et environ 1% pour Zafar Iqbal (autre intermédiaire également, NDLR).»</em></p>
<p>De plus en plus précis face au juge, Henri Guittet, qui est probablement l&#8217;un des meilleurs connaisseurs des dessous d&#8217;Agosta, affirmera également: <em>«Pour les 4% destinés à Zardari/Bhutto, je crois qu&#8217;il y avait 1% à la signature du contrat de vente, ce qui veut dire au moment où tout peut démarrer et où notamment la caution et l&#8217;acompte ont été payés, et 1% un an plus tard. Les 2% restants étaient au prorata du paiement des clients.»</em></p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas tout. A l&#8217;été 1994, alors que la France a été choisie par le Pakistan pour la vente de ses sous-marins et que tout le monde n&#8217;attend plus que la signature du contrat à Islamabad (qui aura lieu le 21 septembre), un phénomène exceptionnel va se produire. Un nouveau jeu de commissions va être débloqué à la dernière minute, sur instruction expresse du gouvernement Balladur. Deux hommes d&#8217;affaires libanais vont alors entrer dans le jeu et être destinataires de 4% supplémentaires de commissions, soit 33 millions d&#8217;euros.</p>
<p>Le premier, <a href="http://www.mediapart.fr/personnage/takieddine-ziad">Ziad Takieddine</a>, est un proche des balladuriens de l&#8217;époque, dont Nicolas Sarkozy, qu&#8217;il aime à présenter comme <em>«un ami». </em>Sur lui pèsent aujourd&#8217;hui les soupçons d&#8217;un possible financement politique occulte en France grâce au contrat Agosta. En somme, M. Takieddine aurait récupéré, via un obscur montage financier passant par le Luxembourg et l&#8217;île de Man, une partie des 33 millions d&#8217;euros débloqués au dernier moment dans le cadre d&#8217;Agosta pour les redistribuer, in fine, à des décideurs politiques français afin de financer en 1995 la campagne présidentielle d&#8217;Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy fut le porte-parole puis le directeur de campagne. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/180610/karachi-le-juge-confirme-les-retrocommissions-et-vise-explicitement-balladur-e">rétrocommission</a>, une manœuvre comptable qui a toujours été illégale en France.</p>
<p>Le second agent d&#8217;influence <em>«imposé»</em> par le gouvernement Balladur, pour reprendre le mot d&#8217;un ancien responsable de la DCN, se nomme <a title="Lire son portrait" href="http://www.mediapart.fr/personnage/el-assir-abdul-rahman">Abdulrahman El-Assir</a>. Egalement proche des balladuriens, El-Assir a un autre avantage: <em>«C&#8217;était un ami d&#8217;Azif Ali Zardari, le mari du premier ministre Benazir Bhutto, lequel incarnait la clé des contrats de la puissance publique au Pakistan»</em>,<em> </em>comme le notera dans un rapport du 11 septembre 2002 un ancien agent du contre-espionnage français, Claude Thévenet, chargé par la DCN d&#8217;enquêter sur l&#8217;attentat de Karachi.</p>
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<div><em><strong>«Il n&#8217;a pas été déçu de sa visite»</strong></em></div>
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<p>Les liens entre MM. Zardari et El-Assir ne sont pas une vue de l&#8217;esprit. De fait, les autorités judiciaires britanniques, saisies de soupçons de corruption à l&#8217;encontre de Benazir Bhutto et de son mari, révéleront en avril 2001 que plusieurs comptes suisses de l&#8217;ancien couple maître d&#8217;Islamabad avaient été crédités le 22 août puis le 1<sup>er</sup> septembre 1995 (soit un an après la signature d&#8217;Agosta) de 3 millions de dollars versés depuis un compte à la Citybank de New York appartenant à&#8230; Abdulrahman El-Assir.</p>
<p>Nul ne peut dire aujourd&#8217;hui si cet argent correspond aux pots-de-vin du marché Agosta, mais selon les enquêteurs britanniques les sommes évoquées ont bien un rapport avec le versement de commissions occultes.</p>
<div><img title="M. Zardari" src="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/ZARDARI-BHUTTO.jpg" alt="M. Zardari" width="225" /></p>
<div>M. Zardari© Reuters</div>
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<p>Un autre pays, la Suisse, avait lui aussi mis au jour à la même période des mouvements financiers compromettants pour les époux Bhutto/Zardari en marge d&#8217;une autre affaire de corruption, déclenchée par le gouvernement pakistanais qui a pris la suite de Benazir Bhutto en 1997. Mme Bhutto (décédée dans un attentat en 2007) et son mari ont été poursuivis par plusieurs juges genevois pour blanchiment aggravé dans ce dossier, avant qu&#8217;une opportune amnistie judiciaire pakistanaise ne contraigne les autorités helvètes à cesser leurs investigations en 2008. Juste avant que M. Zardari ne devienne président du Pakistan.</p>
<p>Le répit fut de courte durée. Un jugement de décembre 2009 de la Cour suprême d&#8217;Islamabad, qui a estimé anticonstitutionnelle ladite amnistie, autorise en théorie la réouverture des investigations.</p>
<p>Or, d&#8217;après des informations recueillies à Genève par Mediapart, le nom d&#8217;Abdulrahman El-Assir apparaîtrait également dans le dossier Zardari en marge d&#8217;un important contrat d&#8217;armement signé entre la France et le Pakistan au milieu des années 1990. Selon une source locale, il s&#8217;agirait bien du marché des sous-marins Agosta, comme nous en avons <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/041109/karachi-revelations-sur-la-piste-des-comptes-suisses">déjà fait état</a>.</p>
<p>Fin mai, le juge Trévidic s&#8217;est donc rendu au tribunal de Genève pour se plonger dans le dossier. <em>«Il n&#8217;a pas été déçu de sa visite et a sollicité la transmission de certains documents très ciblés»</em>, a affirmé au quotidien <em>Le Temps</em> la juge d&#8217;instruction Alix Francotte Conus, chargée de conduire la procédure d&#8217;entraide franco-suisse. A l&#8217;évidence, Nicolas Sarkozy et Asif Ali Zardari devraient avoir à l&#8217;avenir de bonnes raisons d&#8217;échanger sur l&#8217;affaire de Karachi.</p>
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		<title>Tibéhirine: les révélations cachées dans le coffre-fort du juge &#8211; 28 Mai 2010</title>
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		<pubDate>Mon, 31 May 2010 21:16:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
La scène est sans doute inédite dans les annales judiciaires. Le 14 avril 2008, le juge antiterroriste Marc  Trévidic demande à la greffière Isabelle Jamin, chef du service de l&#8217;instruction,  de dresser un «procès-verbal de constatation» parfaitement  surréaliste. Quelques jours plus tôt, le magistrat a découvert que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>La scène est sans doute inédite dans les annales judiciaires. Le 14 avril 2008, le juge antiterroriste Marc  Trévidic demande à la greffière Isabelle Jamin, chef du service de l&#8217;instruction,  de dresser un «<em>procès-verbal de constatation</em>» parfaitement  surréaliste. Quelques jours plus tôt, le magistrat a découvert que son cabinet était doté d&#8217;un  coffre-fort, dont il n&#8217;avait pas la clef. Et pour cause: celui-ci  n&#8217;avait été utilisé que par son prédécesseur, le juge Jean-Louis  Bruguière – il a pris sa succession mi-2007 –, qui ne lui en avait pas  signalé l&#8217;existence. Le juge Trévidic obtient de la greffière qu&#8217;elle  ouvre le fameux coffre, dans lequel il trouve notamment un CD-Rom, une cassette vidéo et deux cassettes audio rangés dans un  carton.</p>
<p>Les documents en question sont quatre pièces à conviction de l&#8217;affaire des moines de Tibéhirine, ces  sept religieux français enlevés en mars 1996 et décapités quelques semaines  plus tard, en Algérie. Le juge Bruguière n&#8217;avait pas cru bon les archiver dans son dossier d&#8217;instruction. Afin de  remédier à cette anomalie juridique, son successeur n&#8217;a d&#8217;autre choix que de procéder à une sorte de perquisition au sein de  son propre cabinet. Du jamais vu.</p>
<p>L&#8217;épisode n&#8217;est pas anecdotique: parmi les documents découverts par Marc Trévidic dans le coffre-fort, figurent notamment les aveux de  plusieurs repentis des Groupes islamiques armés (GIA), soupçonnés d&#8217;être à  l&#8217;origine du rapt et de l&#8217;assassinat des moines trappistes. La parole de ces  déserteurs avait été recueillie en 2006, par la police algérienne, dans le cadre  d&#8217;une commission rogatoire internationale.</p>
<div><a title="Jean-Louis Bruguière" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/bruguiere.jpg" target="_blank"><img title="Jean-Louis Bruguière" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/250_pixels/Fabrice%20Arfi/bruguiere.jpg" alt="Jean-Louis Bruguière" /></a></p>
<div>Jean-Louis Bruguière©  Reuters</div>
</div>
<p>Mais seule une transcription écrite de ces entretiens filmés avait été versée au dossier d&#8217;instruction par  le juge Bruguière, donc à la disposition des parties civiles, représentées par  l&#8217;avocat parisien Patrick Baudouin. Les documents restants, c&#8217;est-à-dire les  bandes-vidéo et audio de ces dépositions (en arabe), avaient donc été mis au coffre. Au secret,  en somme.</p>
<p>Courant mai 2008, le juge Trévidic prend l&#8217;initiative de les faire traduire. En intégralité. Et le  résultat, parvenu au cabinet du magistrat près de deux ans plus tard, le  15 mars 2010 précisément, est susceptible de relancer l&#8217;affaire, qui  prend une tournure de plus en plus embarrassante pour Alger.</p>
<p>Il s&#8217;avère en effet que la police algérienne avait livré à la justice française, il y a quatre ans,  une version soigneusement expurgée de ses auditions avec les repentis,  vraisemblablement dans le but de cacher de gênantes révélations. Durant leur interrogatoire, face  caméra, deux d&#8217;entre eux avaient en effet nommément mis en cause dans le rapt  des moines un cadre du GIA, un certain Abderrazak El-Para – ce qui n&#8217;apparaît jamais dans les transcriptions.</p>
<p>Il y a peut-être une raison à cela. Ombre insaisissable du terrorisme algérien, El-Para est un personnage  trouble, adjoint de l&#8217;émir du GIA Djamel Zitouni. De nombreux indices laissent aujourd&#8217;hui penser que El-Para (comme Zitouni, d&#8217;ailleurs) fut en  réalité un agent de l&#8217;appareil sécuritaire et militaire algérien, infiltré au sein  du GIA puis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) afin de manipuler ces deux mouvements et d&#8217;entretenir un climat de terreur  favorable au pouvoir algérien et à sa politique.</p>
<p>L&#8217;apparition de son nom dans l&#8217;affaire des moines de Tibéhirine n&#8217;est donc pas anecdotique; elle relance les  interrogations sur l&#8217;implication éventuelle de l&#8217;Etat algérien dans la  disparition des religieux français (voir <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/article/140909/l%E2%80%99assassinat-des-moines-de-tibehirine-vers-la-verite">ici</a> l&#8217;analyse publiée dans le Club de Mediapart de l&#8217;éditeur et spécialiste  du sujet, François Gèze).</p>
<p>Le plus explicite des deux témoignages de repentis impliquant El-Para émane d&#8217;un dénommé Fethi  Boukabous. Ce dernier a affirmé aux enquêteurs algériens avoir vu, alors qu&#8217;il  était dans le maquis au printemps 1996, certains membres du groupe qui venait de kidnapper les moines. Ils étaient munis des papiers d&#8217;identité des  otages: <em>«Quand j&#8217;ai gagné le maquis pour rejoindre le “Groupe  islamique armé”, en fait les moines ont été amenés de Médéa </em>(à 80 kilomètres  au sud-ouest d&#8217;Alger)<em> </em>(&#8230;)<em>. Ils sont venus avec Abderrazak Al-Para et Abou  Loubaba. On nous a aussi montré des jumelles à (rayons) infrarouges et aussi leurs passeports, des rouges. Après on les a dirigés ailleurs. Ils ne sont pas  restés sur place.»</em></p>
<p><strong>«Un sacré coup de main au régime»</strong></p>
<ul>
<li>D&#8217;après les éléments livrés par Fethi Boukabous, son groupe se trouvait alors dans la région de <em>«Tala  Es-Ser»</em>. <em>«Le jour en question</em>, explique-t-il encore, <em>on  était réuni autour d&#8217;un feu et on attendait d&#8217;être servi le temps qu&#8217;on prépare un chevreau dans  la cuisine. Et puis on voit débarquer </em>(nos compagnons)<em>. Ils étaient  arrivés dans l&#8217;après-midi. Un peu fatigués. Ils nous ont ensuite tout relaté nous  disant qu&#8217;ils avaient amené les moines et que voilà il s&#8217;est passé ceci et  cela. Ils nous ont dit que les moines ont été acheminés à l&#8217;hôpital </em>(une  infirmerie secrète du GIA située dans la région de Bougara)<em> puis ils nous ont  montré leurs passeports.»</em></li>
<li>
<div id="page_papier_2">
<div><a title="El  Para" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/le-para.jpg" target="_blank"><img title="El Para" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/250_pixels/Fabrice%20Arfi/le-para.jpg" alt="El Para" /></a></p>
<div>El Para© DR</div>
</div>
<p>De plus en plus précis, le repenti affirme que les moines ont été transportés à bord de <em>«deux véhicules  504 bâchés». «Ceux qui ont amené les moines, </em>poursuit-il,<em> c&#8217;était Abderrazak Al-Para et Abou Loubaba. Ils les ont déposés au  niveau de la “Batha” de Khemaïs puis un groupe les a acheminés à  l&#8217;hôpital. Abderrazak Al-Para et Abou Loubaba se sont quant à eux rendus chez nous. Ils ont  apporté avec eux les passeports et les jumelles à infrarouges.»</em>Un second repenti, lui aussi interrogé par les autorités algériennes en 2006, a évoqué le nom  d&#8217;Abderrazak El-Para comme appartenant au groupe ayant participé à l&#8217;enlèvement des  moines de Tibéhirine, même si affirmations sont plus nuancées que celles de  Fethi Boukabous. Il s&#8217;appelle Redouane Kechniti. Et dans son cas aussi, les  mentions d&#8217;El-Para ont miraculeusement disparu des transcriptions écrites de son interrogatoire livrées à la justice française par la police algérienne.</p>
<p>Parfois surnommé le «Ben Laden du Sahara», Abderrazak El-Para est un ancien parachutiste, membre de la garde du général Khaled Nezzar, l&#8217;un des principaux  responsables du putsch de janvier 1992, année au cours de laquelle il aurait déserté l&#8217;armée pour rejoindre les maquis islamistes. Il est surtout considéré  par les meilleurs connaisseurs du dossier algérien comme un agent double, chargé  en fait par les services secrets d&#8217;Alger d&#8217;infiltrer et manipuler la  mouvance islamiste.</p>
<p>En février 2005, <em>Le Monde diplomatique</em> avait raconté par le <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2005/02/MELLAH/11905">menu</a> dans quelles circonstances l&#8217;ancien officier des forces spéciales de l&#8217;armée algérienne était <em>«officiellement»</em> passé à la guérilla, dans les rangs des Groupes islamiques armés (GIA)  puis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).</p>
<p>L&#8217;article affirmait notamment que El-Para avait donné <em>«un sacré coup de main au régime</em>» algérien, en janvier 2003. Le 4 janvier, à la veille de l&#8217;arrivée à Alger d&#8217;une importante délégation militaire américaine venue envisager une reprise  des ventes d&#8217;armes à l&#8217;Algérie dans le cadre de la lutte antiterroriste, son  groupe avait attaqué un convoi militaire près de Batna, provoquant la mort de  43 soldats.</p>
<p>«<em>Evoquant un enregistrement vidéo qui se révélera plus tard un faux, les services secrets de l&#8217;armée algérienne, le tout-puissant département de renseignement et de sécurité </em>(DRS, ex-Sécurité  militaire)<em>, s&#8217;efforcent d&#8217;en persuader l&#8217;opinion internationale: El-Para serait un  “lieutenant de Ben Laden” chargé d&#8217;“implanter Al-Qaida dans la région du Sahel”</em>», rappelait <em>Le Monde diplomatique</em>. Qui  ajoutait: «<em>Peu après, les Etats-Unis allègent l&#8217;embargo sur les armes à destination de l&#8217;Algérie et annoncent la vente d&#8217;équipements militaires antiterroristes</em>.»</p>
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<div><strong>Le juge et la raison d&#8217;Etat</strong></div>
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<p>El-Para, à l&#8217;origine d&#8217;autres attentats sanglants visant des Européens ou des Américains, aurait donc  été chargé de manipuler les islamistes algériens afin de contraindre les  Occidentaux à soutenir le régime. Une «stratégie de la tension» aussi effroyable qu&#8217;efficace.</p>
<p>En septembre 2007, le site Algeria-watch.org, particulièrement bien informé sur les dessous obscurs  de la vie politique et militaire algérienne, a révélé, avec <a href="http://www.algeria-watch.org/fr/aw/gspc_etrange_histoire_partie_3.htm">luxe  détails</a>, comment El-Para, arrêté par les autorités tchadiennes au mois de mai 2004 puis  extradé en Algérie, fut ensuite miraculeusement porté disparu par Alger, qui le  fit juger par contumace avant de le déclarer en fuite.</p>
<p>«<em>Le black-out officiel qui a suivi son arrivée à Alger, ainsi que  les grotesques “procès par contumace” conduits par une justice aux ordres, ne peuvent avoir qu&#8217;une explication: El-Para était un agent du DRS, au sein des GIA, puis du GSPC, et les chefs des services, piégés  par son interception imprévue par les rebelles tchadiens, ne pouvaient se  permettre la moindre apparition publique du personnage</em>», concluait  Algeria-watch.org.</p>
<p>L&#8217;“évaporation” des éléments conduisant à Abderrazak El-Para dans la procédure menée par Jean-Louis Bruguière relance les interrogations sur le comportement de  l&#8217;ancien magistrat dans certains dossiers sensibles, qu&#8217;il s&#8217;agisse du génocide rwandais, de  l&#8217;attentat de Karachi ou donc de l&#8217;assassinat des moines de Tibéhirine. Selon M<sup>e</sup> Patrick Baudoin, le président d&#8217;honneur de la fédération internationale des  droits de l&#8217;Homme (FIDH), qui l&#8217;a qualifié en juillet 2009 dans un <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/080709/patrick-baudoin-bruguiere-c-est-le-juge-de-la-raison-d-etat">entretien</a> à Mediapart de <em>«juge de la raison d&#8217;Etat»</em>, M. Bruguière <em>«instruisait avec  le souci constant de ne pas contrarier les services algériens». </em></p>
<p>Selon l&#8217;avocat, qui défend des proches des religieux français assassinés, le magistrat <em>«travaillait d&#8217;ailleurs en permanence avec  la DST [Direction de la surveillance du territoire, le contre-espionnage],  dont les liens avec la police et les services secrets algériens étaient notoires»</em>.</p>
<p>M<sup>e</sup> Baudoin rappelait dans cet entretien que Jean-Louis Bruguière avait refusé  l&#8217;audition du général François Buchwalter, à l&#8217;époque attaché de défense à  l&#8217;ambassade de France à Alger. Il avait fallu l&#8217;arrivée de Marc Trévidic pour que ce  militaire soit enfin entendu, en juin 2009. Les déclarations de ce témoin  important, susceptibles de mettre en cause les autorités algériennes dans la mort  des moines, provoquèrent une véritable déflagration des deux côtés de la Méditerranée.</p>
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		<title>L&#8217;enquête sur Karachi menacée d&#8217;interdiction &#8211; 12 mai 2010</title>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 08:05:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Edwy Plenel
Secret défense à tout va, entraves à la recherche de la vérité, démentis sans aucune crédibilité, pressions et menaces: décidément, l&#8217;affaire de Karachi est bien le feuilleton qui dérange sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Alors même que la mission  d&#8217;information parlementaire rendait son rapport dans un conflit ouvert entre son  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Edwy Plenel</strong></p>
<p>Secret défense à tout va, entraves à la recherche de la vérité, démentis sans aucune crédibilité, pressions et menaces: décidément, l&#8217;affaire de Karachi est bien le feuilleton qui dérange sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Alors même que la mission  d&#8217;information parlementaire rendait son rapport dans un conflit ouvert entre son  rapporteur PS et son président UMP (<a href="http://www.mediapart.fr/files/Rapport_Karachi.pdf">télécharger ici  le rapport</a>), on apprenait qu&#8217;une offensive judiciaire était lancée afin d&#8217;empêcher la sortie du livre qui prolonge l&#8217;enquête exclusive de Mediapart sur ce dossier (retrouver<a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/030510/karachi"> ici tous  nos articles</a>).</p>
<div><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Edwy%20Plenel/Karachi_couv.png" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/300_pixels/Edwy%20Plenel/Karachi_couv.png" alt="" /></a></div>
<p>On voudrait démontrer que <em>Le Contrat</em> (Stock, 20,50 €), sous-titré <em>Karachi, l&#8217;affaire que Sarkozy voudrait oublier</em>,  est une enquête explosive que l&#8217;on ne s&#8217;y prendrait pas autrement. Prolongement  de leur travail sur Mediapart, le livre que publient nos collaborateurs Fabrice  Arfi et Fabrice Lhomme sur l&#8217;affaire de Karachi est en effet menacé  d&#8217;interdiction.</p>
<p>Avant sa sortie en librairie le mercredi 19 mai, l&#8217;un des protagonistes de ce  dossier <a title="Télécharger ici l'assignation en référé" href="http://www.mediapart.fr/files/Assignation_en_refere.pdf">demande à la justice  d&#8217;ordonner le report</a> de la publication pour une durée minimale de trois mois, la suppression des passages qui le concernent et l&#8217;insertion d&#8217;un avertissement en forme de démenti catégorique, sans  compter 20.000 euros de dommages et intérêts. L&#8217;affaire sera plaidée en référé  lundi 17 mai avec M<sup>e</sup> Olivier Pardo comme avocat du demandeur, Ziad  Takieddine.</p>
<p>Visant l&#8217;éditeur et les auteurs, domiciliés à Mediapart, l&#8217;assignation a été envoyée le 11 mai. Le lendemain, mercredi  12 mai, les éditions Stock, défendues par M<sup>e</sup> Anne Veil, ont  diffusé un communiqué où elles se déclarent <em>«très surprises par l&#8217;assignation en référé de M. Ziad Takieddine»</em>. <em>«M. Ziad Takieddine,</em> ajoutent-elles, <em>a accordé à Fabrice Arfi et  Fabrice Lhomme plusieurs entretiens au cours desquels il a pu s&#8217;exprimer longuement et  précisément. Ce sont, du reste, ses propos qui sont fidèlement rapportés dans le livre. Par ailleurs, il attribue aux auteurs une thèse qui ne figure en aucun cas dans le livre et pour cause, il ne l&#8217;a pas lu.  D&#8217;autre part, en assignant notre maison d&#8217;édition et en tentant par-là même de  retarder la publication de plusieurs mois, M. Takieddine semble vouloir à tout  prix empêcher la révélation d&#8217;informations inédites sur une affaire d&#8217;Etat.»</em></p>
<div><a title="Septembre 2008: la " rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Edwy%20Plenel/Une_Mediapart.png" target="_blank"><img title="Septembre 2008: la " src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/300_pixels/Edwy%20Plenel/Une_Mediapart.png" alt="Septembre 2008: la " /></a></p>
<div>Septembre 2008: la &laquo;&nbsp;Une&nbsp;&raquo; de Mediapart qui lance  l&#8217;affaire</div>
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<p>Lancée par <a title="Notre première enquête" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/130908/ventes-d-armes-la-corruption-au-coeur-de-la-republique">les premières révélations de Mediapart</a>, le 13 septembre 2008, l&#8217;affaire d&#8217;Etat mêle la corruption  liée aux ventes d&#8217;armes au financement illicite de la vie politique. De nombreux éléments, issus de sources diverses et concordantes, indiquent qu&#8217;en  1994, 33 millions d&#8217;euros de commissions versées à des intermédiaires sur la  vente par la France au Pakistan de trois sous-marins ont alimenté des  rétro-commissions destinées à des milieux politiques français. Au cœur de l&#8217;affrontement  qui déchira alors la droite entre chiraquiens et balladuriens, ces  financements illicites auraient bénéficié aux seconds qui, outre Matignon, occupaient  les postes ministériels décisifs en la matière, celui de la défense avec  François Léotard, celui du budget avec Nicolas Sarkozy.</p>
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<div>Le financement de la campagne d&#8217;Edouard  Balladur</div>
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<p>Le soupçon que ces sommes aient, en partie, contribué au financement de la campagne présidentielle d&#8217;Edouard  Balladur, en 1995, a été nourri par <a title="Lire notre enquête" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/260410/karachi-mediapart-publie-de-troublants-documents-bancaires">la révélation, sur Mediapart le 26 avril</a> dernier, que 10.250.000 de francs avaient été versés en espèces et en grosses  coupures (pour l&#8217;essentiel de 500 francs) sur le compte de campagne de l&#8217;ancien premier ministre, au lendemain de sa défaite au premier tour.</p>
<p>M. Balladur a affirmé à la mission d&#8217;information parlementaire qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;argent <em>«des militants, des sympathisants, recueilli lors de centaines de meetings»</em>, sommes qui, ajoute-t-il, ont <em>«été changées en billets de 500 francs  pour diminuer les volumes d&#8217;argent à notre disposition»</em>.</p>
<p>Seul problème : le trésorier de la campagne d&#8217;Edouard Balladur, René Galy-Dejean, interrogé par Mediapart, dit  n&#8217;avoir aucun souvenir de ce versement exceptionnel. <em>«Cela ne me dit rien,</em> nous a-t-il déclaré. <em>Une telle somme, tout de même, je ne l&#8217;aurais pas  oubliée. Ce qui me trouble plus, c&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;agisse de grosses coupures, alors que  je n&#8217;en voyais quasiment jamais passer.»</em> Pour mémoire et en  comparaison, le montant ici en cause est plus de deux fois supérieur aux 5 millions de francs que le  promoteur Jean-Claude Méry, <a title="La &quot;cassette Méry&quot;, un scoop toujours actuel" href="http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel/311009/la-cassette-mery-un-scoop-toujours-d-actualite">dans son  témoignage posthume</a>, affirmait avoir remis pour le financement de la campagne présidentielle d&#8217;un autre premier ministre,  Jacques Chirac, en 1987.</p>
<p>Toute cette affaire serait sans doute restée dans l&#8217;ombre, comme hélas bien d&#8217;autres dossiers témoignant de la part  d&#8217;ombre de notre République, s&#8217;il n&#8217;y avait pas eu l&#8217;attentat de mai 2002 à  Karachi où furent tués onze employés de la Direction des constructions navales  (DCN) qui travaillaient au Pakistan dans le cadre de la livraison des sous-marins commandés. Dans le contexte géopolitique de l&#8217;après-11 Septembre 2001,  cet attentat fut d&#8217;abord attribué à Al-Qaïda. Mais l&#8217;hypothèse d&#8217;un lien  entre cet attentat et la colère d&#8217;intermédiaires pakistanais, furieux de  l&#8217;interruption des commissions sur ordre de Jacques Chirac après son élection, ne peut  être écartée. Si elle n&#8217;est pas démontrée, elle n&#8217;en est pas moins discutée  explicitement dans le rapport de la mission parlementaire.</p>
<p>Dans tous les cas, l&#8217;attentat n&#8217;est pas le centre du propos de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme dans leurs enquêtes  pour Mediapart que prolonge, approfondit et développe leur livre pour Stock.  Leur fil rouge, c&#8217;est la corruption. Une corruption non pas en marge de l&#8217;Etat,  mais en son cœur, dans le cadre de pratiques stupéfiantes, baptisées <em>«Frais commerciaux exceptionnels»</em> (FCE), tolérées jusqu&#8217;en 1997, aussi bien  sous la gauche que sous la droite. Une corruption que, dans le cas d&#8217;espèce  du contrat pakistanais de 1994, non seulement <a title="Comment cette affaire le rattrape" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/040510/nicolas-sarkozy-est-rattrape-par-laffaire-de-karachi">ne pouvait ignorer Nicolas  Sarkozy</a> en tant que ministre du budget donnant son autorisation, mais dont  plusieurs documents et témoignages rapportés dans <em>Le Contrat</em> montrent qu&#8217;il  l&#8217;a personnellement suivie de très près.</p>
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<div>« Sarkozy est mon ami, O. K. ? »</div>
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<p>On comprend mieux dès lors le zèle judiciaire de Ziad Takieddine, auquel ne serait pas indifférent l&#8217;entourage  présidentiel. Car la présence dans ce dossier de ce riche homme d&#8217;affaires, né au  Liban et de nationalité française, qui préfère se présenter comme <em>«un conseil»</em> plutôt que comme un intermédiaire – terme <em>«trop  péjoratif en France»</em>, dit-il –, souligne le rôle qu&#8217;a pu y jouer l&#8217;ancien  ministre  du budget, devenu président de la République en 2007.</p>
<p><em>«Sarkozy est mon ami, O. K. ?»</em> Le chapitre du <em>Contrat</em> où sont fidèlement relatés les propos et,  donc,  les démentis de Ziad Takieddine est ainsi intitulé. Rencontré à deux  reprises par nos journalistes, qui n&#8217;ont évidemment pas caché l&#8217;objet de leurs  curiosités, ce dernier a longuement insisté sur sa proximité avec le président de la République, dont il dit avoir fait la connaissance en 1993, lors d&#8217;une  soirée chez François Léotard. A l&#8217;époque, outre le contrat pakistanais, un  autre contrat d&#8217;armement concernait l&#8217;Arabie saoudite, pays dans lequel Ziad Takieddine affirme depuis avoir<em> «organisé les visites»</em> de Nicolas Sarkozy: <em>«Je l&#8217;ai accompagné trois fois là-bas, une comme ministre de l&#8217;Intérieur, deux comme président de la République.»</em></p>
<p>L&#8217;une des révélations inédites du <em>Contrat</em> est le rôle clé de Ziad Takieddine dans l&#8217;un des épisodes marquants du début de  la présidence, à l&#8217;été 2007: l&#8217;affaire des infirmières bulgares détenues  en Libye. Ce fut à la fois un symbole de la présidentialisation accrue de  la République, Nicolas Sarkozy affichant une diplomatie toute personnelle,  et une mise en scène de sa privatisation accélérée, le président ayant mis en  avant son épouse d&#8217;alors, pour tenter de conjurer une crise conjugale qui  allait bientôt se terminer par un divorce.</p>
<p><em>«C&#8217;est moi qui les ai fait libérer en 2007,</em> n&#8217;hésite pas à confier Ziad Takieddine à Fabrice Arfi et  Fabrice  Lhomme. <em>J&#8217;étais en contact avec Guéant</em> [Claude Guéant, secrétaire général  de  l'Elysée].<em> J&#8217;ai été voir Khadafi. Pour diverses raisons, Khadafi ne voulait pas  entendre parler de Kouchner et encore moins le voir. Alors, j&#8217;ai eu l&#8217;idée  d&#8217;envoyer Cécilia en Libye. Et ça a marché!»</em> Ce ne sont pas paroles en l&#8217;air puisque le<em> «rôle important»</em> de Ziad Takieddine a été confirmé à  nos deux enquêteurs par Claude Guéant lui-même. Voici donc quelqu&#8217;un qui est  au cœur des réseaux actuellement au pouvoir et, plus précisément, du réseau  des fidèles les plus proches de Nicolas Sarkozy puisque Brice Hortefeux,  lieutenant de toujours et actuel ministre de l&#8217;intérieur, a lui aussi confirmé aux  auteurs sa connaissance et sa fréquentation du personnage.</p>
<p>De la page 252 à la page 259, <em>Le Contrat</em> donne largement la parole à Ziad Takieddine, reproduisant précisément ses  démentis. La mission parlementaire d&#8217;information fait de même, page 102 de son  rapport, en ajoutant un commentaire sans appel: <em>«M. Takieddine, joint par téléphone, a indiqué qu&#8217;il n&#8217;avait rien à voir  dans l&#8217;affaire des Agosta</em> [les sous-marins vendus au Pakistan] <em>et n&#8217;a  pas  souhaité être entendu par la mission d&#8217;information. Cette déclaration constitue  un mensonge grossier à l&#8217;égard de la mission d&#8217;information, si l&#8217;on en  croit les témoignages qui le citent comme un protagoniste de la négociation.» </em></p>
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<div>Au-delà de cette présidence, un enjeu  démocratique</div>
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<p>Journalistes, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme ne peuvent s&#8217;autoriser ces audaces parlementaires. Avec autant de prudence que de  rigueur, ils se contentent de confronter des faits, des documents et des  témoignages, toujours sourcés, jamais anonymes. Par rapport à leurs articles dans  Mediapart, le principal apport de leur livre, outre la perspective d&#8217;ensemble, est  d&#8217;avoir recueilli les déclarations, aussi précises que concordantes sur le rôle  de Nicolas Sarkozy dans cette affaire, de plusieurs personnalités de droite  qui, pourtant, ne sont pas de la même sensibilité: certes Dominique de Villepin, que l&#8217;on pourrait soupçonner de partialité, mais également  Charles Pasqua, qui fut un des piliers du camp balladurien, et Charles Millon,  ministre de la défense de 1995 à 1997.</p>
<p>Aussi, face aux demandes de censure préalable présentées par Ziad Takieddine, n&#8217;auront-ils guère de difficulté à prouver la profonde légitimité démocratique de leur enquête qui répond parfaitement aux cinq critères juridiques de <em>«bonne foi»</em> d&#8217;un travail journalistique: légitimité du but poursuivi, sérieux de l&#8217;enquête, respect du contradictoire, modération dans l&#8217;expression et absence  d&#8217;animosité personnelle. Reste à espérer que la justice, en leur donnant raison,  saura défendre l&#8217;indépendance qui est sa raison d&#8217;être tant, à l&#8217;évidence, la pression du pouvoir exécutif se fait ici sentir.</p>
<p>Car cette offensive judiciaire atteste d&#8217;un affolement certain. Les secrets qui aujourd&#8217;hui, à la manière d&#8217;un sous-marin, remontent à  la surface menacent directement la présidence de Nicolas Sarkozy. La force  du livre de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme est d&#8217;avoir patiemment installé  le puzzle qui rend désormais simple et limpide une histoire qui, autrement,  serait restée aussi ténébreuse qu&#8217;obscure. Mais il manque encore la pièce décisive: celle qui, sans contestation possible, prouverait  l&#8217;implication personnelle de l&#8217;actuel président de la République dans cette affaire de corruption. Ou, à l&#8217;inverse, celle qui démontrerait le contraire…</p>
<p>Pourtant la réponse existe, et il n&#8217;est pas besoin d&#8217;aller chercher très loin pour la trouver: il suffirait que tous les documents  d&#8217;Etat concernant ce contrat d&#8217;armement soient sinon rendus publics, du moins déclassifiés de façon à être remis à la justice. Au ministère des  finances, à Bercy, toutes les traces des fameux «FCE» sont par exemple conservées et archivées. Hélas, sous les gouvernements de droite comme  de gauche, comme l&#8217;a démontré l&#8217;affaire des frégates de Taiwan, notre  République s&#8217;est accoutumée à l&#8217;invocation indue du secret défense pour couvrir des  faits de corruption.</p>
<p>C&#8217;est le véritable enjeu de cette affaire, et de la course de vitesse engagée  entre l&#8217;investigation journalistique et le verrouillage étatique: imposer  enfin un véritable droit du public à l&#8217;information et faire reculer un culture  du secret qui protège l&#8217;irresponsabilité des gouvernants. Le 3 mai dernier,  à l&#8217;occasion de la <a title="Voir sur le site de l'UNESCO" href="http://portal.unesco.org/ci/fr/ev.php-URL_ID=29293&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION=201.html">Journée mondiale de la liberté de  la presse</a>, l&#8217;Unesco insistait sur <em>«le droit de savoir»</em> comme <em>«la clé d&#8217;autres droits fondamentaux, et  le gage de plus de transparence, de justice et de développement»</em>,  notamment pour <em>«combattre la corruption, ce qui est un gage de bonne  gouvernance»</em>.</p>
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		<title>Karachi: l&#8217;obstruction écrite de Christine Lagarde &#8211; 13 Mai 2010</title>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 08:02:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
L&#8217;affaire de Karachi est définitivement une affaire interdite. Un document signé de la ministre  de l&#8217;économie, que Mediapart révèle aujourd&#8217;hui, atteste que Christine  Lagarde a clairement fait obstruction au travail de la mission d&#8217;information parlementaire, qui a rendu, mercredi 12 mai, son rapport sur «les circonstances entourant l&#8217;attentat [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>L&#8217;affaire de Karachi est définitivement une affaire interdite. Un document signé de la ministre  de l&#8217;économie, que Mediapart révèle aujourd&#8217;hui, atteste que Christine  Lagarde a clairement fait obstruction au travail de la mission d&#8217;information parlementaire, qui a rendu, mercredi 12 mai, son rapport sur <em>«les circonstances entourant l&#8217;attentat du 8 mai 2002 à Karachi». </em></p>
<p>Le document en question, qui fait partie des annexes (non publiques) du rapport des députés, est une  lettre datée du 26 mars 2010. Celle-ci peut se lire à la fois comme l&#8217;illustration et  le prolongement de l&#8217;incroyable guerre parlementaire et des différentes  entraves de l&#8217;exécutif auxquels a donné lieu ce dossier, devenu au fil des mois  une bombe dans le jardin de l&#8217;Elysée.</p>
<p>Dans cette missive, que nous publions (<em>ci-dessous</em>), Christine Lagarde affirmait son refus que la représentation nationale puisse  entendre, dans le cadre de ses travaux, des fonctionnaires de son ministère ayant  eu à connaître les troubles dessous financiers du contrat Agosta –la vente de  trois sous-marins au Pakistan par le gouvernement Balladur en septembre 1994.</p>
<div><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/AGOSTA-LAGARDE-OK.png" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/AGOSTA-LAGARDE-OK.png" alt="" /></a></p>
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<p>C&#8217;est pourtant dans le cadre de l&#8217;exécution du contrat Agosta que quinze personnes, dont onze employés  français de la Direction des constructions navales (DCN), constructeur des  sous-marins, ont trouvé la mort, le 8 mai 2002, dans un attentat à Karachi. Huit ans  plus tard, les commanditaires de l&#8217;attentat demeurent toujours inconnus.</p>
<p>Comme Mediapart s&#8217;en est fait régulièrement l&#8217;écho depuis 2008, la justice dispose désormais de  plusieurs éléments indiquant que l&#8217;attaque-suicide, d&#8217;abord imputée à la mouvance Al-Qaïda, pourrait être liée au contrat Agosta, sur lequel pèse de très  lourds soupçons de corruption (au Pakistan) et de financement politique occulte  (en France).</p>
<p>Dans sa lettre aux députés, Christine Lagarde écrivait: <em>«La mission envisage l&#8217;audition des fonctionnaires qui ont travaillé sur le contrat relatif aux sous-marins  Agosta entre 1994 et 2002 et de fonctionnaires qui pourraient l&#8217;éclairer sur l&#8217;évolution de la législation relative aux commissions à l&#8217;export ou  pour signature de grands contrats, depuis 1994.» </em></p>
<p>La ministre poursuivait: <em>«L&#8217;audition de fonctionnaires susceptibles d&#8217;éclairer la mission d&#8217;information </em>[...]<em> peut, en effet, être demandée sur le fondement de l&#8217;article 145 du règlement de l&#8217;Assemblée nationale.»</em></p>
<p>Et le couperet de tomber, net: <em>«En revanche, il ne m&#8217;est pas possible de donner une suite favorable à  la demande d&#8217;entendre les fonctionnaires ayant eu à travailler sur le  contrat relatif aux sous-marins Agosta.»</em></p>
<p>Les arguments avancés par la ministre sont pour le moins déconcertants. Christine Lagarde estime en effet que,  d&#8217;une part, de telles auditions viendraient <em>«empiéter»</em> sur l&#8217;instruction judiciaire du juge Marc Trévidic, chargé d&#8217;enquêter  sur les causes de l&#8217;attentat, et, d&#8217;autre part, constitueraient un <em>«délit de compromission», </em>le contrat Agosta étant protégé par le secret défense.</p>
<p>Une dialectique acrobatique quand on sait que la mission parlementaire a pu entendre de nombreux anciens hauts responsables du  ministère de la défense et de l&#8217;armement qui ont eu à connaître personnellement du contrat Agosta (qui vient d&#8217;être soumis à <a href="http://www.lemonde.fr/depeches/2010/05/12/karachi-de-nouveaux-documents-transmis-a-la-commission-du-secret-defense_823448_354_42435306.html">déclassification</a> par le ministre de la défense&#8230;) et dont certains d&#8217;entre eux ont  aussi témoigné&#8230; devant le juge Trévidic. De fait, aucun <em>«délit de compromission» </em>ne leur a été  reproché<em>. </em></p>
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<div>Le rôle de Nicolas Sarkozy</div>
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<p>L&#8217;obstruction écrite de Christine Lagarde dans cette affaire est d&#8217;autant plus troublante qu&#8217;à Bercy, en  1994, aux côtés du ministre des finances, le personnage clé du contrat Agosta  n&#8217;était autre que l&#8217;actuel hôte de l&#8217;Elysée. Sous le gouvernement Balladur,  Nicolas Sarkozy occupait en effet le poste de ministre du budget, avant de  devenir l&#8217;un des piliers de la campagne présidentielle du premier ministre-candidat.</p>
<div><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/Couv_Le_Contrat.jpg" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/225_pixels/Fabrice%20Arfi/Couv_Le_Contrat.jpg" alt="" /></a></div>
<p>Dans <em>Le Contrat &#8211; Karachi, l&#8217;affaire que Sarkozy voudrait oublier</em>, un livre à paraître le 19 mai aux éditions Stock, nous mettons en lumière,  sur ce point, le <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/040510/nicolas-sarkozy-est-rattrape-par-laffaire-de-karachi">rôle  central</a> joué par Nicolas Sarkozy dans les coulisses d&#8217;Agosta, documents et témoignages inédits à l&#8217;appui. En effet, Nicolas Sarkozy a  non seulement validé le plan de financement aberrant du contrat, mais il a  aussi supervisé et autorisé depuis son ministère la création d&#8217;une société <em>offshore</em> par laquelle ont transité les commissions suspectes, d&#8217;après un document interne à la DCN saisi par la police.Selon de nombreux témoignages et documents, ces commissions sont passées par un intermédiaire au cœur de  tous les soupçons, l&#8217;homme d&#8217;affaires Ziad Takieddine, dont nous révélons par ailleurs l&#8217;étroite proximité avec les balladuriens d&#8217;hier –sarkozystes d&#8217;aujourd&#8217;hui. Pour seul exemple: M. Takieddine fut l&#8217;émissaire de la France dans la libération des infirmières bulgares, événement majeur du  début de la présidence Sarkozy en août 2007.</p>
<p><em>«Sarkozy est mon ami, OK ? Et depuis longtemps. Je l&#8217;ai rencontré en 1993 lors d&#8217;une soirée chez  Léotard», </em>nous a même affirmé lors d&#8217;un long entretien Ziad Takieddine, qui <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/120510/lenquete-sur-karachi-est-menacee-dinterdiction">demande</a> aujourd&#8217;hui à la justice de prononcer l&#8217;interdiction provisoire de la publication du <em>Contrat</em>.</p>
<p>S&#8217;agissant du rôle précis du ministère du budget dans le contrat Agosta, la mission parlementaire  (rapportée par le socialiste Bernard Cazeneuve et présidée par l&#8217;UMP Yves Fromion)  n&#8217;a pu entendre qu&#8217;une ancienne fonctionnaire de la direction du budget,  Patricia Laplaud. Celle-ci a indiqué aux députés que l&#8217;administration du  ministère du budget était contre l&#8217;exécution de ce contrat <em>«sur un plan  technique»,</em> ajoutant que ses deux ministres de tutelle, Edmond Alphandéry (aux finances) et Nicolas Sarkozy (au budget)<em> «étaient  d&#8217;accord avec la ligne proposée par l&#8217;administration».</em></p>
<p>La remarque est particulièrement instructive. Soit cette fonctionnaire dit vrai et Nicolas Sarkozy était  opposé à la signature du contrat. Pourquoi, alors, a-t-il malgré tout validé  son plan de financement ? Seconde hypothèse, la fonctionnaire se trompe, et cela signifie que Nicolas Sarkozy n&#8217;a pas cru bon tenir compte de l&#8217;avis de  son administration et a souhaité de son propre chef valider le contrat&#8230; La  même question se pose alors : pourquoi ?</p>
<p>La mission parlementaire n&#8217;a pu en savoir plus, <em>«faute d&#8217;avoir pu consulter les comptes rendus des  réunions interministérielles qui se sont tenues à ce sujet»</em>, écrit le  rapporteur Cazeneuve<em>. </em>L&#8217;ancien directeur du cabinet d&#8217;Edouard  Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, a pour sa part fait entendre un autre son de cloche :<em> «Tout s&#8217;était parfaitement bien passé entre les ministères concernés.» </em></p>
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<div>Le bras de fer</div>
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<p>Entendu par le juge Trévidic, l&#8217;ancien directeur financier de la DCN International (la branche  commerciale de la DCN), Gérard-Philippe Menayas, avait quant à lui levé un coin du  voile sur le rôle de Nicolas Sarkozy dans cette affaire saumâtre dès novembre 2009  : <em>«Je précise que le plan de financement d&#8217;un contrat comme le contrat Agosta </em>(&#8230;)<em> était soumis aux autorités de tutelles, c&#8217;est-à-dire au ministre de la défense </em>(François Léotard, NLDR)<em> lui-même»</em> et <em>«au ministre du budget </em>(Nicolas Sarkozy).<em>» </em></p>
<p>Marqué par les exigences financières hors normes de deux intermédiaires (dont Ziad Takieddine), <em>«imposés»</em> dans les négociations à la dernière minute par le gouvernement Balladur, le plan de financement avait <em>«toutes les  chances d&#8217;être refusé»,</em> a précisé M. Menayas. Et d&#8217;ajouter : <em>«Il y a eu quelques remarques dont je ne me souviens plus exactement, mais c&#8217;est passé.»</em> Grâce à Nicolas Sarkozy, donc.</p>
<div><a title="MM.  Sarkozy et Balladur" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/BALLAZY-MP.png" target="_blank"><img title="MM. Sarkozy et Balladur" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/BALLAZY-MP.png" alt="MM. Sarkozy et Balladur" /></a></p>
<div>MM. Sarkozy et Balladur©  Reuters</div>
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<p>Au fil des mois, l&#8217;implication de l&#8217;actuel chef de l&#8217;Etat dans cette histoire ne cesse de prendre du  volume, ce qui explique sans doute l&#8217;extrême nervosité de la majorité sur le sujet.  Comme nous l&#8217;avions expliqué dès hier matin, l&#8217;embarras grandissant du pouvoir  face aux développements de l&#8217;affaire de Karachi s&#8217;est traduit au sein même de  la mission d&#8217;information parlementaire.</p>
<p>Longtemps feutré, le bras de fer opposant le président (UMP) Yves Fromion au rapporteur (PS) Bernard  Cazeneuve a tourné à l&#8217;affrontement public dans la journée de mercredi. Une  cacophonie parlementaire à la fois inédite et déplacée, s&#8217;agissant d&#8217;une affaire  aussi dramatique, puisque l&#8217;attentat de mai 2002 avait coûté la vie à quinze personnes, dont onze Français.</p>
<p>Dès la fin de matinée, sans doute afin de devancer la conférence de presse de M. Cazeneuve, prévue pour la fin de l&#8217;après-midi, le président de la Commission de la Défense à l&#8217;Assemblée,  Guy Tessier (UMP), avait donné le ton en convoquant les journalistes pour stigmatiser «<em>un certain rapport &laquo;&nbsp;Nautilus&nbsp;&raquo; qui n&#8217;a aucun fondement et qui s&#8217;appuie sur des thèses assez farfelues de rétrocommissions</em>».</p>
<p>Rédigés par l&#8217;ancien policier Claude Thévenet, les rapports dits &laquo;&nbsp;Nautilus&nbsp;&raquo; ont permis de réorienter l&#8217;instruction du juge Marc Trévidic vers la piste  d&#8217;un règlement de comptes politico-financier, et évoqué les soupçons de  financement occulte pesant sur la campagne présidentielle d&#8217;Edouard Balladur en  1995. Et pour enfoncer le clou, M. Teissier –qui n&#8217;était pourtant pas membre de  la mission d&#8217;information– d&#8217;ajouter: «<em>Il semblerait qu&#8217;à l&#8217;heure d&#8217;aujourd&#8217;hui, la piste qui semble être privilégiée comme étant  probablement la plus sérieuse soit la piste islamiste</em>» !</p>
<p>Le second acte fut encore plus spectaculaire. Il a pris la forme d&#8217;un avant-propos que M. Fromion a tenu à ajouter au rapport rendu public par  M. Cazeneuve –et mis en ligne en intégralité par Mediapart. Cinq pages  absolument hallucinantes, dans lesquelles le président de la mission d&#8217;information  cloue au pilori les méthodes et les conclusions de son rapporteur.</p>
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<div>Opération déminage</div>
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<p>«<em>Je ne peux apporter mon total soutien au rapport</em> (&#8230;) <em>Ne prenant pas la hauteur suffisante,</em> (il) <em>colle  étroitement aux assertions complaisamment véhiculées dans la presse</em>», résume ainsi M. Fromion. Dénonçant <em>«la thèse d&#8217;un attentat lié à des malversations financières, quasiment préemptée par le rapporteur</em>»,  le président de la mission va jusqu&#8217;à défendre l&#8217;attitude de l&#8217;exécutif, qui a tout fait pour «<em>entraver</em>» –c&#8217;est  le terme employé par M. Cazeneuve– le travail des députés.</p>
<p>«<em>Comment s&#8217;étonner dès lors que les rapports entre le Gouvernement et la mission aient été empreints de la plus grande  méfiance et que les demandes de documents et d&#8217;informations aient fait l&#8217;objet de la  part des ministères concernés d&#8217;un examen anormalement restrictif?</em>»,  écrit ainsi Yves Fromion. Dans ce qui s&#8217;apparente à un réquisitoire, le président de la mission accuse son collègue socialiste  d&#8217;avoir «<em>mis sur le même plan toutes les hypothèses, privilégiant ainsi habilement les moins crédibles</em>».</p>
<p>M. Cazeneuve, dépeint comme un manipulateur mû par la seule volonté de déstabiliser Nicolas Sarkozy, aurait tenté de «<em>manière fort habile de glisser insensiblement de l&#8217;attentat lui-même vers la question des  commissions liées au contrat, puis vers celle des rétrocommissions et naturellement  de leurs supposés destinataires, dans l&#8217;espoir d&#8217;atteindre un jour le graal  du scandale politique qui fait tant rêver certains</em>».</p>
<p>Manifestement mandaté par l&#8217;exécutif pour &laquo;&nbsp;déminer&nbsp;&raquo; un dossier qui  inquiète de plus en plus le pouvoir, M. Fromion va même (sans le citer nommément) jusqu&#8217;à critiquer le juge Marc Trévidic, coupable d&#8217;avoir réorienté son enquête sur la base – notamment  – des fameux rapports &laquo;&nbsp;Nautilus&nbsp;&raquo; qui l&#8217;ont conduit à s&#8217;intéresser aux dessous financiers du contrat de vente des sous-marins Agosta au  Pakistan.  «<em>Un magistrat aurait qualifié de &laquo;&nbsp;cruellement logique&nbsp;&raquo; le raisonnement présenté dans ledit rapport, en dépit des contradictions et des invraisemblances qu&#8217;il comporte</em>»,  tranche ainsi le député UMP du Cher.</p>
<p>Le parti pris de M. Fromion s&#8217;est exprimé tout au long des travaux de la  mission, ainsi qu&#8217;en atteste la reproduction de l&#8217;audition d&#8217;Edouard Balladur,  interrogé à sa demande le 28 avril après les révélations deux plus jours plus tôt  de <em>Libération</em> et Mediapart concernant des remises en espèces  suspectes effectuées sur le compte de campagne de M. Balladur en avril 1995.</p>
<p>«<em>Je me suis effectivement invité parce qu&#8217;on a mis en cause ma responsabilité au  moyen d&#8217;un syllogisme: j&#8217;aurais choisi de financer ma campagne électorale par un  système de commissions et de rétrocommissions dont la suspension aurait été à  l&#8217;origine de l&#8217;attentat. Donc je suis responsable de la mort de 11 hommes. Tel est  le syllogisme que je lis dans la presse</em>», a affirmé l&#8217;ancien premier ministre, ce à quoi M. Fromion a  immédiatement renchéri: «<em>Syllogisme curieux par ailleurs, puisque la majorité des commissions a été payée lors de l&#8217;année qui a suivi la signature du contrat&#8230;</em>»</p>
<p>Le président de la mission a manifesté la même empathie lorsque M. Balladur a tenté de justifier le versement sur son compte de campagne, juste après le premier tour, de  plus de 10 millions de francs en liquide, uniquement en grosses coupures (des  billets de 100 et 500 francs), sommes censées provenir des « <em>militants</em>»  et «<em>sympathisants</em>» et collectées à l&#8217;occasion de «<em>meetings</em>».</p>
<p>«<em>Vous savez,</em> a déclaré M. Balladur, <em>quand on est à la fois Premier ministre et candidat, on ne peut s&#8217;occuper de  tout. Je ne m&#8217;occupais pas des détails. Mon équipe de campagne a respecté la loi en recourant à des financements en espèces dans les limites autorisées.  Pour le reste, que les dons en pièces ou en petites coupures aient été changés  en billets de 500 francs pour diminuer les volumes d&#8217;argent à notre  disposition, je ne vois là rien d&#8217;anormal.</em>»</p>
<p>Une nouvelle fois, Yves Fromion a abondé dans son sens, déclarant: «<em>Je suis en accord avec vous. Au cours des campagnes électorales, l&#8217;argent recueilli est recyclé par les banques. Elles peuvent très bien le faire  en grosses coupures</em> (&#8230;) <em>Ayant fait trois fois des campagnes électorales et soumis trois fois mes comptes, je confirme que  la commission de contrôle des comptes vérifie de façon approfondie tous les versements, y compris leur origine</em>.»</p>
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		<title>Karachi: l&#8217;enquête impossible du député Cazeneuve &#8211; 12 Mai 2010</title>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 08:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[ParFabrice Arfi et Fabrice Lhomme
En sa qualité de député et maire (PS) de Cherbourg, commune d&#8217;où  étaient originaires les onze Français employés de la Direction des  constructions navales (DCN) tués en mai 2002 dans un attentat à Karachi  où ils exécutaient le contrat Agosta – la livraison de trois sous-marins  au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>ParFabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>En sa qualité de député et maire (PS) de Cherbourg, commune d&#8217;où  étaient originaires les onze Français employés de la Direction des  constructions navales (DCN) tués en mai 2002 dans un attentat à Karachi  où ils exécutaient le contrat Agosta – la livraison de trois sous-marins  au Pakistan –, Bernard Cazeneuve a évidemment suivi avec une attention  particulière l&#8217;évolution du dossier judiciaire.</p>
<p><em><strong>Lire le rapport de la mission  d&#8217;information sous l&#8217;onglet Prolonger<br />
</strong></em></p>
<p>Notamment à partir de la fin de l&#8217;année 2008, lorsque le juge Marc  Trévidic, qui avait succédé au tribunal de Paris en 2007 à Jean-Louis  Bruguière, a examiné une nouvelle piste: l&#8217;acte terroriste, jusque-là  attribué à Al-Qaïda, pourrait en fait être lié aux troubles dessous  financiers du contrat Agosta, sur lequel pèsent de lourds soupçons de  corruption et de financement politique occulte. Dans cette hypothèse,  l&#8217;attentat de 2002 aurait été la conséquence de l&#8217;arrêt du versement de  commissions promises à des décideurs pakistanais.</p>
<p>L&#8217;enquête du juge Trévidic a aussi fait apparaître des soupçons sur  l&#8217;existence de «rétrocommissions» qui auraient notamment été reversées à  des politiques français par des intermédiaires rémunérés, à la demande  des balladuriens, dans le cadre du contrat Agosta, signé au mois de  septembre 1994.</p>
<p>C&#8217;est donc au début de l&#8217;année 2009 que Bernard Cazeneuve décide de  lancer une mission d&#8217;information. Mais, dès le départ, son initiative  est mal accueillie. Il essuie un premier refus du bureau de l&#8217;Assemblée,  présidé par l&#8217;UMP Bernard Accoyer. Puis, avec son collègue socialiste  François Loncle, il décide de proposer une mission conjointe  Défense-Affaires étrangères. Cette fois, c&#8217;est Axel Poniatowski, UMP  également et président de la commission des affaires étrangères, qui s&#8217;y  oppose catégoriquement. «<em>Si on doit regarder tout ce qu&#8217;il y a  derrière les contrats d&#8217;armement, on n&#8217;est pas sortis de l&#8217;auberge, en  as-tu conscience?</em>», s&#8217;entend répondre M. Cazeneuve.</p>
<p>Soutenu par Jean-Marc Ayrault, député et maire (PS) de Nantes,  Bernard Cazeneuve persiste. Malgré l&#8217;opposition farouche de l&#8217;UMP, il  s&#8217;entête. Il repousse toutefois l&#8217;idée d&#8217;une commission d&#8217;enquête, qui  dispose pourtant de moyens – notamment coercitifs – supérieurs à ceux  d&#8217;une simple mission, de peur de braquer totalement l&#8217;exécutif. «<em>Le  risque était grand de voir le gouvernement m&#8217;expliquer qu&#8217;une enquête  judiciaire étant en cours, ce n&#8217;était pas possible. Je ne voulais pas  leur offrir un argument sur un plateau. Donc j&#8217;ai plaidé pour l&#8217;option  “profil bas”, une simple mission d&#8217;information</em>», explique Bernard  Cazeneuve dans <em>Le Contrat </em>(éd. Stock), le livre sur l&#8217;affaire de  Karachi que nous publions le 19 mai.</p>
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<div>Un climat tendu. Très tendu.</div>
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<p>Au mois de juillet 2009, l&#8217;obstiné député obtient gain de cause,  avec la création de la <em>«mission d&#8217;information sur les circonstances  ayant entouré l&#8217;attentat de Karachi».</em> Un intitulé suffisamment vague  pour ne contrarier personne. Mais une mauvaise surprise attend M.  Cazeneuve à la rentrée: l&#8217;élu socialiste découvre qu&#8217;il a été décidé que  le président <em>et</em> le rapporteur de la mission seraient UMP, alors  que, traditionnellement, l&#8217;un des deux postes échoit à un représentant  de l&#8217;opposition.</p>
<p>Le maire de Cherbourg, scandalisé, va alors menacer Guy Tessier,  président UMP de la commission de la Défense, de quitter la mission à  peine née. Guy Tessier cède. D&#8217;abord nommé président, Bernard Cazeneuve  est finalement désigné rapporteur, le poste dans les faits le plus  important. Le député UMP du Cher Yves Fromion est nommé président. Outre  MM. Cazeneuve et Fromion, la mission compte un autre élu UMP (Franck  Gilard, député de l&#8217;Eure), un député du Nouveau centre (Francis   Hillmayer, élu du Rhin), et un parlementaire communiste (Jean-Jacques  Candelier, député du Nord).</p>
<p>A partir du mois d&#8217;octobre 2009, la mission commence ses auditions,  qui ne sont pas publiques, contrairement à ce qui avait été décidé pour  celles sur le Rwanda, une autre mission conduite par M. Cazeneuve. «<em>J&#8217;aurais  préféré qu&#8217;elles le soient aussi, mais vu le climat, je ne l&#8217;ai même  pas proposé, cela aurait été un motif pour refuser la mission</em>»,  affirme le député PS. Dès le départ, le climat est très tendu. Dans les  couloirs de l&#8217;Assemblée, les députés de la majorité lancent de drôles de  regards au maire de Cherbourg. L&#8217;hostilité se manifeste au sein même de  la mission.</p>
<p>Ainsi, entre le rapporteur et le président, c&#8217;est un rapport de force  permanent. Le climat est à «<em>la suspicion réciproque</em>», pour  reprendre les termes de Bernard Cazeneuve. Yves Fromion soupçonne l&#8217;élu  socialiste de vouloir en fait enquêter sur le financement de la campagne  présidentielle d&#8217;Edouard Balladur pour <em>in fine</em> mettre en cause  Nicolas Sarkozy, qui joua un rôle actif à la fois dans la signature du  contrat Agosta et dans la campagne de M. Balladur. Bernard Cazeneuve de  son côté soupçonne le député du Cher de vouloir “mettre le couvercle”  sur les dessous peu ragoûtants des grands contrats d&#8217;armement.</p>
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<div>« Il y a eu une opération d&#8217;entrave »</div>
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<p>Jusqu&#8217;au bout, les deux hommes s&#8217;opposeront. Ainsi, s&#8217;agissant de  la volonté émise par Bernard Cazeneuve de faire entendre Edouard  Balladur, Dominique de Villepin et le général Philippe Rondot, tous  susceptibles d&#8217;apporter un éclairage à l&#8217;affaire: le parlementaire UMP  s&#8217;y opposera fermement. Au risque du ridicule, puisque finalement, à la  demande de l&#8217;ancien premier ministre lui-même, et à la suite des  révélations publiées par <em>Libération</em> et Mediapart le 26 avril  concernant d&#8217;importantes remises en espèces sur le compte de son  association de financement trois jours après le premier tour de  l&#8217;élection de 1995, M. Balladur fut auditionné <em>in extremis</em>, le 28  avril, par les cinq députés&#8230;</p>
<p>Toutefois, l&#8217;obstruction principale à son travail, Bernard Cazeneuve  ne l&#8217;a pas rencontrée à l&#8217;Assemblée, mais au sein de l&#8217;exécutif. A  l&#8217;évidence, tout semble avoir été fait pour empêcher la mission  d&#8217;avancer, au point que le maire de Cherbourg parle d&#8217;une «<em>enquête  impossible</em>». Les exemples sont multiples. Ainsi, lorsque la mission  demande au gouvernement les documents des services secrets d&#8217;avant  l&#8217;attentat, notamment sur les dessous du contrat Agosta, on lui répond  qu&#8217;il n&#8217;y en a pas. Sauf que lors de son audition, François Léotard,  ministre de la défense du gouvernement Balladur, aurait dit le contraire  devant la mission, selon nos informations.</p>
<p>Autre exemple : Michèle Alliot-Marie assure à la mission fin 2009 que  tous les documents susceptibles de l&#8217;intéresser ont été déclassifiés.  C&#8217;est faux puisque, sans que l&#8217;on sache exactement pourquoi, le  ministère de la défense en a “spontanément” communiqué d&#8217;autres fin  janvier 2010 à la commission consultative du secret de la défense  nationale (CCSDN). Et que dire des documents issus des ministères de la  défense et du budget, pourtant déclassifiés par Lionel Jospin pour la  Cour des comptes dans le cadre d&#8217;un rapport administratif sur les  dessous du contrat Agosta, et dont l&#8217;accès a été refusé à la mission  d&#8217;information?</p>
<p>Pour Bernard Cazeneuve, les choses sont claires : «<em>Il y a eu une  opération d&#8217;entrave, menée par les plus hautes autorités de l&#8217;Etat,  visant à empêcher notre mission de travailler. Sans doute le  gouvernement a-t-il eu peur qu&#8217;en coopérant, il expose le président de  la République</em>.»</p>
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		<title>Karachi: le juge accélère et demande des levées du «secret-défense» &#8211; 6 Mai 2010</title>
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		<pubDate>Sat, 08 May 2010 13:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
L&#8217;affaire de Karachi s&#8217;emballe. Mercredi 5 mai, jour de la  publication des bonnes  feuilles de l&#8217;ouvrage Le Contrat (à paraître le 19 mai aux  éditions Stock) dans L&#8217;Express et des révélations de Mediapart, le juge d&#8217;instruction antiterroriste Marc Trévidic a  envoyé au ministre de la défense, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>L&#8217;affaire de Karachi s&#8217;emballe. Mercredi 5 mai, jour de la  publication des <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/politique/karachi-l-affaire-qui-fait-peur-a-sarkozy_889630.html">bonnes  feuilles</a> de l&#8217;ouvrage <em>Le Contrat</em> (à paraître le 19 mai aux  éditions Stock) dans <em>L&#8217;Express</em> et des <a href="http://www.mediapart.fr/journal/france/040510/nicolas-sarkozy-est-rattrape-par-laffaire-de-karachi">révélations </a>de Mediapart, le juge d&#8217;instruction antiterroriste Marc Trévidic a  envoyé au ministre de la défense, Hervé Morin, une nouvelle demande de  déclassification de documents <em>«protégés au titre du secret de la  défense nationale»,</em> pour reprendre la formulation du magistrat.</p>
<p>C&#8217;est la deuxième fois en dix-huit mois que le juge demande la levée  du «secret défense» dans cette affaire. Après sa première requête, il  avait obtenu du gouvernement, en octobre 2009, des documents  déclassifiés d&#8217;un très maigre intérêt pour ses investigations. Il  s&#8217;agissait de notes d&#8217;environnement de la DGSE, les services secrets  français.</p>
<div><a title="Sous-marins Agosta" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/Agosta.jpg" target="_blank"><img title="Sous-marins Agosta" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/300_pixels/Fabrice%20Arfi/Agosta.jpg" alt="Sous-marins Agosta" /></a></p>
<div>Sous-marins Agosta© Reuters</div>
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<p>Dans sa nouvelle demande, le juge cible notamment les clauses  demeurant toujours secrètes du contrat Agosta (la vente de sous-marins  au Pakistan par le gouvernement Balladur en septembre1994) et tous les  documents portant sur les commissions versées à des intermédiaires liés  aux négociations, notamment l&#8217;homme d&#8217;affaires libanais Ziad  Takieddine.</p>
<p>C&#8217;est dans le cadre de l&#8217;exécution du contrat Agosta que onze  Français employés de la Direction des constructions navales (DCN) et  quatre Pakistanais sont morts en mai 2002 dans un attentat à Karachi.  Huit ans plus tard, les commanditaires de l&#8217;attaque-suicide demeurent  toujours inconnus, la piste Al-Qaida, longtemps privilégiée par les  autorités pakistanaises ainsi que par le juge Jean-Louis Bruguière en  France, ayant été écartée par l&#8217;instruction judiciaire en 2008.</p>
<p>Le juge Trévidic, qui a succédé en 2007 à M. Bruguière, examine  désormais la possibilité que le mobile de l&#8217;attentat soit directement  lié aux troubles dessous financiers du contrat Agosta, sur lequel pèsent  de lourds soupçons de corruption au Pakistan et de financement  politique occulte en France. Dans cette hypothèse, l&#8217;attentat de 2002  serait la conséquence de l&#8217;arrêt du versement de commissions promises à  des décideurs pakistanais en marge du marché des sous-marins.</p>
<p>Au fil de l&#8217;enquête du juge Trévidic, il est également apparu  que Jacques Chirac, après son élection en 1995 à la présidence de la  République, a décidé de stopper le versement de commissions qu&#8217;il  soupçonnait d&#8217;avoir alimenté son rival Edouard Balladur par l&#8217;entremise  d&#8217;intermédiaires (dont Ziad Takieddine) imposés à la dernière minute  dans les négociations d&#8217;Agosta.</p>
<p>Parmi les documents réclamés par le magistrat figure en premier lieu  l&#8217;intégralité du contrat Agosta, signé le 21 septembre 1994 avec le  Pakistan, dont seules quelques pages (sans grand intérêt) ont été  rendues publiques. Dans son courrier à Hervé Morin, Marc Trévidic  souligne que <em>«l&#8217;instruction d&#8217;un dossier criminel, qui plus est  terroriste, implique nécessairement que tous les aspects entourant la  commission du crime soient éclaircis».</em> En d&#8217;autres termes, le  magistrat signifie clairement au ministre de la défense qu&#8217;il ne saurait  se contenter des informations expurgées qui lui ont été transmises  jusqu&#8217;ici.</p>
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<div>Un mystérieux compte rendu au ministre</div>
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<p>Encore plus explicite, le juge écrit : <em>«De façon plus  directement liée à la problématique d&#8217;un lien possible entre l&#8217;attentat  et les commissions versés ou non versées dans le cadre de la conclusion  du contrat Agosta B et de ses éventuels avenants, nous serions  éventuellement intéressés par la déclassification de tout document  traitant de ce point détenu par votre ministère ou par un service  dépendant de votre ministère, qu&#8217;il s&#8217;agisse des non-paiements éventuels  de commissions liés à l&#8217;entrée en vigueur le 28 septembre 2000 de la  Convention OCDE contre la corruption ou de non-paiement lié à une  décision politique quatre années auparavant comme cela était évoqué dans  notre demande initiale de déclassification et ressort maintenant à  l&#8217;évidence de plusieurs documents versés dans la procédure et de  plusieurs auditions de témoins ».</em></p>
<p>Dans sa lettre, M. Trévidic souligne qu&#8217;un document du 25 juillet  2000, signé de Dominique Castellan,  PDG de DCN-I, filiale commerciale  de la DCN, indiquait : <em>« Conformément aux intentions des autorités,  tout paiement a été arrêté- CR écrit fait aux autorités ».</em> Comme le  rappelle le magistrat, lors de son audition, <em>« M. Castellan a répondu  qu&#8217;il avait effectivement fait un compte rendu au ministre de la  défense et que ce compte rendu était probablement classifié ».</em> Compte rendu dont, jusqu&#8217;ici, le gouvernement s&#8217;était bien gardé de  faire part au juge d&#8217;instruction.</p>
<p>Ce dernier ajoute que <em>« cet élément est à rapprocher des  déclarations de M. Frédéric Bauer, à l&#8217;époque gérant de la SARL Control  Risk Management, qui a affirmé avoir été notamment mandaté par la DCN-I  en 1996, dans le cadre du contrat Agosta 90B, afin de faire renoncer M.  Ziad Takieddine au restant des commissions dues ».</em></p>
<p>De fait, ainsi qu&#8217;il l&#8217;a confirmé <a href="http://www.lejdd.fr/International/Actualite/Karachi-Un-ancien-flic-accuse-16809/">dans  un entretien à Mediapart</a>, M. Bauer avait été missionné par les  chiraquiens pour <em>« couper les vivres »</em> au duo d&#8217;intermédiaires  suspecté d&#8217;avoir reversé des fonds aux partisans d&#8217;Edouard Balladur, les  hommes d&#8217;affaires libanais Abdul Rahman El Assir et Ziad Takieddine.</p>
<p>Ce dernier, qui nie aujourd&#8217;hui toute implication dans le contrat  Agosta, a <em>« été désigné par plusieurs témoins comme étant la personne  qui, aux côtés d&#8217;un dénommé Abdul Rahman El Assir, était le consultant  qui avat contracté le 12 juillet 1994 avec la DCN-I, par l&#8217;intermédiaire  de la société Mercor Finances, et cela sur consignes du ministère de la  défense M. Donnedieu de Vabres »,</em> rappelle le juge.</p>
<p>A l&#8217;époque, Renaud Donnedieu de Vabres était à la fois le  collaborateur et l&#8217;homme de confiance du ministre de la défense,  François Léotard, lui-même soutien de poids d&#8217;Edouard Balladur dans sa  campagne présidentielle.</p>
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<div><span style="text-decoration: underline;">50 millions de francs de  rétrocommissions ?</span></div>
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<p>Du coup, le magistrat réclame la transmission de <em>« tous  documents (&#8230;) relatifs aux commissions versées à des consultants »,</em> mais aussi de ceux <em>« relatifs au choix de ces consultants et à  l&#8217;aval éventuellement donné par le ministère de la défense sur ce  choix »,</em> et enfin des notes se rapportant <em>« à l&#8217;arrêt de paiement  de ces commissions et notamment les documents comportant des consignes  d&#8217;arrêt de ces versements ».</em></p>
<p>Enfin, le juge Trévidic demande communication <em>« de tous les  rapports établis par le Contrôle général des armées relatifs au contrat  Agosta 90B ou aux contrats liés à celui-ci ».</em> Le magistrat ne  formule pas cette demande par hasard : il fait manifestement allusion au  rapport, classé « confidentiel défense », du contrôleur général  Jean-Louis Porchier, révélé dans <em>Le Contrat</em>.</p>
<p>Dans ce livre, le militaire, qui avait été chargé d&#8217;expertiser le  contrat Agosta, révèle qu&#8217;il avait mis au jour <em>« des fautes et des  irrégularités qui méritaient des sanctions au niveau le plus élevé (&#8230;)  jusque dans l&#8217;entourage du ministre de la Défense de l&#8217;époque, François  Léotard ».</em></p>
<p>Surtout, il affirme que Michel Ferrier, l&#8217;un des responsables du SGDN  (secrétariat général de la défense nationale), à l&#8217;époque patron de la  toute-puissante CIEEMG (commission interministérielle pour l&#8217;étude des  exportations de matériel de guerre), lui avait assuré dès 1997 qu&#8217;à  l&#8217;occasion du contrat Agosta, <em>« 10 % des commissions versées aux  intermédiaires étaient destinés aux rétrocommissions en France, soit à  peu près 50 millions de francs. La moitié de cette somme a servi à  financer la campagne d&#8217;Edouard Balladur, l&#8217;autre moitié à renflouer les  caisses du Parti républicain ». </em></p>
<p>Reste à savoir maintenant quelle suite Hervé Morin va donner aux  requêtes du juge Trévidic. Invité à réagir, mercredi 5 mai au matin sur  RTL, aux révélations du <em>Contrat</em>, le porte-parole du Parti  socialiste, Benoît Hamon, qui ignorait alors la nouvelle démarche du  magistrat, a exigé au nom du PS <em>« la levée du secret-défense ».  « Parce que le secret-défense, ça protège par exemple les secrets de  fabrication de nos sous-marins pour qu&#8217;ils soient furtifs, soit. Mais  que ça protège ou que ça rende impossible le travail d&#8217;enquête d&#8217;un juge  sur la mort de 11 de nos compatriotes, c&#8217;est un problème »,</em> a  ajouté M. Hamon.</p>
<p>Faisant allusion aux difficultés rencontrées par le juge Trévidic  pour obtenir du gouvernement la communication d&#8217;informations  susceptibles de faire progresser ses investigations, le porte-parole du  PS avait conclu : <em>« Qu&#8217;est-ce qui justifie que Marc Trévidic, qui est  en charge de cette enquête, ne puisse pas obtenir la déclassification  d&#8217;un certain nombre de documents? ».<br />
</em></p>
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		<title>Affaire de Karachi : ce que le témoin-clef a dit au juge &#8211; 26 Avril 2010</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 20:04:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
Au cœur de l&#8217;enquête judiciaire sur l&#8217;attentat de Karachi, l&#8217;homme d&#8217;affaires libanais Ziad Takieddine s&#8217;est enfin expliqué dans le cabinet  du juge antiterroriste parisien, Marc Trévidic. Ce sulfureux intermédiaire  de 59 ans, allergique aux médias, avait, selon nos informations, refusé il y a plusieurs semaines de témoigner devant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>Au cœur de l&#8217;enquête judiciaire sur l&#8217;attentat de Karachi, l&#8217;homme d&#8217;affaires libanais Ziad Takieddine s&#8217;est enfin expliqué dans le cabinet  du juge antiterroriste parisien, Marc Trévidic. Ce sulfureux intermédiaire  de 59 ans, allergique aux médias, avait, selon nos informations, refusé il y a plusieurs semaines de témoigner devant la mission d&#8217;enquête  parlementaire créée pour examiner les circonstances ayant entouré l&#8217;attaque mortelle, le 8  mai 2002, d&#8217;un bus de la direction des constructions navales (DCN) au  Pakistan.</p>
<p>Onze Français, en poste à Karachi pour assurer le suivi de la  construction de sous-marins Agosta 90B vendus par Paris à Islamabad en septembre 1994,  avaient trouvé la mort dans cet attentat attribué au départ à Al-Qaïda.</p>
<p>En 2008, le juge Trévidic a donné une nouvelle direction à son enquête. Il explore désormais la  piste des rétrocommissions: l&#8217;action terroriste pourrait, dans cette hypothèse, être liée à l&#8217;arrêt à partir de 1996 du versement de certaines commissions prévues initialement par le contrat des sous-marins, et qui auraient été, à en croire les chiraquiens, destinées à alimenter les  activités politiques d&#8217;Edouard Balladur. Présenté comme proche des balladuriens,  Ziad Takieddine aurait été l&#8217;un des pivots de cette opération.</p>
<div><a title="Z.  Takieddine" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/ZT.png" target="_blank"><img title="Z.  Takieddine" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/250_pixels/Fabrice%20Arfi/ZT.png" alt="Z. Takieddine" /></a></p>
<div>Z. Takieddine© DR</div>
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<p>Devant le juge Trévidic, l&#8217;intermédiaire, interrogé en qualité  de témoin, a nié farouchement avoir joué le moindre rôle dans le contrat  Agosta, qui prévoyait la livraison par la France de trois sous-marins à la  marine pakistanaise pour un montant de 826 millions d&#8217;euros.</p>
<p>«<em>Je ne me suis pas occupé du contrat des sous-marins</em> (&#8230;) <em>Je n&#8217;ai  rien eu à voir avec ça</em>», a martelé l&#8217;homme d&#8217;affaires libanais, en dépit des nombreux témoignages et de certains documents qui indiquent  qu&#8217;il fut imposé, <em>in extremis</em>, dans les négociations par le ministre de la  défense du gouvernement Balladur, François Léotard, et son conseiller le plus  proche, Renaud Donnedieu de Vabres. «<em>Tout cela n&#8217;est que des affabulations.  Il n&#8217;y a pas une seule de ces personnes qui ait dit la vérité. Je méprise  ces gens-là. Ce sont tous des menteurs</em>», a tranché l&#8217;intermédiaire.</p>
<p>En revanche, M. Takieddine a admis sans peine avoir œuvré en faveur d&#8217;un autre contrat signé par le gouvernement Balladur, et sur lequel  planent les mêmes soupçons. Il s&#8217;agit du marché “Sawari II”, à savoir la vente de frégates à l&#8217;Arabie saoudite, conclu lui en novembre 1994.</p>
<p>Comme pour Agosta, Sawari II a été marqué par l&#8217;intervention, au dernier  moment, sur ordre du ministère de la défense, de deux intermédiaires: Ziad  Takieddine donc, et un autre homme d&#8217;affaires libanais, Abdul Rahman El-Assir. Pour décrocher ce marché, les deux hommes seraient passés par un autre  intermédiaire controversé, le cheikh Ali Ben Mussalam (décédé depuis), qui était à  l&#8217;époque conseiller du roi Fahd, au pouvoir à Riyad.</p>
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<div>«C&#8217;était une décision politique de  Jacques Chirac»</div>
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<p>«<em>J&#8217;ai fait sa rencontre en 1994 et il m&#8217;a proposé une mission</em>», s&#8217;est souvenu Ziad Takieddine à propos du cheikh Ben  Mussalam. «<em>Il m&#8217;a dit que le roi d&#8217;Arabie saoudite voulait ouvrir une nouvelle page avec  la France. Pour ma part, je connaissais le nouveau ministre de la défense,  M. Léotard, parce qu&#8217;il était maire de Fréjus et que je l&#8217;avais rencontré à  Isola 2000</em> (station de ski ayant appartenu à M. Takieddine, NDLR).»</p>
<div><a title="MM.  Léotard (gauche) et Balladur (droite)." rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/BALLATARD.jpg" target="_blank"><img title="MM. Léotard (gauche) et Balladur (droite)." src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/BALLATARD.jpg" alt="MM. Léotard (gauche) et  Balladur (droite)." /></a></p>
<div>MM. Léotard (gauche) et Balladur (droite).© Reuters</div>
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<p><em>«J&#8217;avais demandé à Ali Ben Mussalam quel était l&#8217;objet de cette mission et il m&#8217;avait dit  qu&#8217;il avait une invitation officielle du roi pour les responsables français.  J&#8217;ai rencontré M. Léotard que j&#8217;ai félicité pour sa nomination et je lui ai parlé de  cette invitation. Il m&#8217;a dit que ça tombait bien parce qu&#8217;il voulait faire un  voyage en Arabie saoudite</em> (&#8230;) <em>J&#8217;ai organisé un rendez-vous entre Ali  Ben Mussalam et le ministre de la défense</em>.» La France rafla finalement ce juteux  contrat (28,8 milliards de francs).</p>
<p>Questionné sur le rôle de Frédéric Bauer, un proche des milieux chiraquiens qui aurait été mandaté en 1995, après la victoire de Jacques  Chirac à l&#8217;élection présidentielle, pour “couper les vivres” aux intermédiaires suspectés d&#8217;avoir financé de manière occulte son grand  rival Edouard Balladur, M. Takieddine, fidèle à sa ligne de conduite, a admis  son implication dans le seul contrat Sawari II, et contesté être intervenu  dans le cadre d&#8217;Agosta.</p>
<p>Il s&#8217;est souvenu avoir reçu la visite de M. Bauer en 1996: «<em>Je sais que c&#8217;était après la visite de Jacques Chirac en Arabie  saoudite, qui a eu lieu autour du 7 juillet 1996. C&#8217;est à son retour qu&#8217;apparemment la décision d&#8217;arrêter le contrat de consultant lié à  Sawari II a été prise</em>.» En clair, le pouvoir chiraquien a refusé de continuer à  payer un intermédiaire accusé d&#8217;avoir reversé des fonds aux balladuriens.</p>
<div><a title="MM.  Villepin et Chirac." rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/VILLERAC.jpg" target="_blank"><img title="MM. Villepin et Chirac." src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/300_pixels/Fabrice%20Arfi/VILLERAC.jpg" alt="MM. Villepin et Chirac." /></a></p>
<div>MM. Villepin et Chirac.©  Reuters</div>
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<p>«<em>Pour quelle raison les commissions dans Sawari II ont-elles fait l&#8217;objet d&#8217;un arrêt de paiement?</em>», l&#8217;a questionné benoîtement le juge Trévidic. «<em>Prétendument, c&#8217;était une décision politique de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. C&#8217;est ainsi que M. Bauer m&#8217;a présenté ça</em>, a  répondu M. Takieddine. <em>Il s&#8217;agissait d&#8217;une décision visant à punir tout ce qui  se trouvait hors du système Chirac</em>.» M. Takieddine est formel: M. Bauer lui «<em>a dit qu&#8217;il venait de la part du président de la République</em>».<em>«On a fait appel à moi parce que personne ne voulait le faire  concrètement. Ce n&#8217;est jamais facile d&#8217;aller annoncer à un intermédiaire  libanais qu&#8217;il ne va pas toucher tout son argent dans le cadre d&#8217;une  vente d&#8217;armes&#8230; C&#8217;est un peu comme enlever la nourriture de la cage  d&#8217;un lion», </em>avait confié Frédéric Bauer à Mediapart<em> </em>en juin  2009.</p>
<p><em>«J&#8217;avais travaillé avec succès pour la Sofresa </em>(une société  habilitée à exporter les armes de l&#8217;Etat français, NDLR) <em>sur le  contrat  saoudien Sawari II. Et Michel Mazens </em>(président de la Sofresa, nommé  en 1995 par Jacques Chirac, NDLR) <em>m&#8217;a conseillé d&#8217;en faire autant  pour le  Pakistan, car les plus hautes autorités de l&#8217;Etat avaient demandé que  l&#8217;on suspende, là aussi, les commissions. C&#8217;est comme ça que j&#8217;en suis  venu à travailler pour la DCN dans cette histoire», </em>avait-il  précisé.</p>
<p>Après l&#8217;intervention de M. Bauer, M. Takieddine dit avoir «<em>décidé d&#8217;envoyer</em> (sa) <em>famille en Angleterre</em>» puis lancé «<em>une  procédure d&#8217;arbitrage</em>» qui aurait débouché sur un accord financier. Si elle ne risque guère de faire progresser l&#8217;enquête sur les circonstances de  l&#8217;attentat de Karachi, l&#8217;audition de Ziad Takieddine relance les interrogations sur  les dessous inavouables des grands marchés d&#8217;armement, particulièrement ceux  passés dans l&#8217;urgence par le gouvernement Balladur (1993-1995) dans les mois  précédant l&#8217;élection présidentielle de 1995.</p>
</div>
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		<title>Karachi: Mediapart publie de troublants documents bancaires &#8211; 26 Avril 2010</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 20:02:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Médiapart]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme
Mediapart publie trois documents bancaires montrant que l&#8217;Association pour le financement de la campagne électorale d&#8217;Edouard Balladur (Aficeb), au cœur des soupçons de financement occulte apparus en marge de l&#8217;affaire de Karachi, a reçu  10.250.000 de francs en espèces – exclusivement en grosses coupures – au lendemain  du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme</strong></p>
<p>Mediapart publie trois documents bancaires montrant que l&#8217;Association pour le financement de la campagne électorale d&#8217;Edouard Balladur (Aficeb), au cœur des soupçons de financement occulte apparus en marge de l&#8217;affaire de Karachi, a reçu  10.250.000 de francs en espèces – exclusivement en grosses coupures – au lendemain  du premier tour de l&#8217;élection présidentielle de 1995.</p>
<div><a title="MM.  Sarkozy et Balladur" rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/BALLAZY-OK.jpg" target="_blank"><img title="MM. Sarkozy et Balladur" src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/250_pixels/Fabrice%20Arfi/BALLAZY-OK.jpg" alt="MM. Sarkozy et Balladur" /></a></p>
<div>MM. Sarkozy et Balladur©  Reuters</div>
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<p>Ces documents viennent jeter le trouble sur la légalité du financement de la campagne  présidentielle de l&#8217;ancien premier ministre dont l&#8217;un des principaux acteurs et  soutiens n&#8217;était autre que Nicolas Sarkozy. Il fut à la fois ministre du budget  du gouvernement Balladur (1993-1995) et porte-parole de la campagne  incriminée.</p>
<p>Evoqués ce matin par <em>Libération</em>, ces documents ont été envoyés  anonymement, le 22 février 2010, à l&#8217;avocat parisien Olivier Morice, conseil de plusieurs  familles de victimes de l&#8217;attentat de Karachi, qui a fait quinze morts dont onze Français employés de la Direction des constructions navales (DCN) le 8  mai 2002.</p>
<p>Potentiellement explosifs, ils ont ensuite été transmis au juge antiterroriste Marc  Trévidic, chargé de l&#8217;enquête sur les causes de l&#8217;attentat de Karachi. Le  magistrat s&#8217;est à son tour empressé de les communiquer au parquet de Paris, qui avait  ouvert au début du mois de l&#8217;année une enquête préliminaire à la suite d&#8217;une  plainte de Me Morice visant un éventuel financement illicite de la campagne présidentielle d&#8217;Edouard Balladur.</p>
<p>La justice cherche aujourd&#8217;hui à découvrir si plusieurs contrats d&#8217;armement signés entre  1993 et 1995 par le gouvernement Balladur, en particulier celui portant sur la  vente en septembre 1994 au Pakistan de trois sous-marins Agosta fabriqués par la direction des constructions navales (DCN), ont pu être à l&#8217;origine de  montages financiers destinés à «sponsoriser» la campagne électorale de 1995 de celui qui était alors premier ministre, et ce par le biais d&#8217;un  système de rétrocommissions.</p>
<p>Le contrat Agosta avait été signé par le ministre de la défense de l&#8217;époque, François Léotard.  Son plan de financement, qui incluait le versement de commissions à des  intermédiaires libanais proches des cercles balladuriens, fut quant à lui validé par  son homologue du budget, Nicolas Sarkozy. MM. Léotard et Sarkozy furent tous deux des soutiens de premier plan pour Edouard Balladur dans sa conquête (malheureuse) de l&#8217;Elysée.</p>
<p>Que disent précisément les documents que Mediapart publie aujourd&#8217;hui? Le courrier anonyme reçu  par Olivier Morice est composé d&#8217;une coupure de presse, reprenant des déclarations de l&#8217;avocat sur  l&#8217;affaire de Karachi, accompagnée de deux bordereaux bancaires. Ceux-ci  proviennent de l&#8217;agence Haussmann du Crédit du Nord et font état de deux mouvements de  fonds intervenus en avril 1995 sur le compte n° 327 548 2 dont le titulaire  est l&#8217;<em>«AFICEB».</em></p>
<p><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/AFICEB-1.png" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/AFICEB-1.png" alt="" /></a></p>
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<div>« Non, vraiment, je ne comprends pas »</div>
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<p>Le premier bordereau porte la date du 26 avril 1995, soit trois jours après le premier tour  marqué, dimanche 23 avril, par l&#8217;élimination du candidat Balladur, arrivé  troisième derrière Lionel Jospin et Jacques Chirac. Il mentionne une remise  d&#8217;espèces de 10.250.000 francs. Une note manuscrite à en-tête du Crédit du Nord fait  état du dépôt de <em>«quatre sacs»</em> remplis d&#8217;argent liquide. Il n&#8217;est pas  inutile de constater à la lecture de cette note que les sacs en question ne sont remplis que de  coupures de billets de 100 et 500 francs.</p>
<div><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/AFICEB-2.png" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/AFICEB-2.png" alt="" /></a></p>
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<p>Le lendemain, 27 avril, un dépôt plus modeste (200.000 francs) est effectué sur le même compte, toujours en liquide. En bas du bordereau, il est écrit, à la main: <em>«Compléments/versement espèces  du 26/04».</em></p>
<div><a rel="lightbox" href="http://www.mediapart.fr/files/Fabrice%20Arfi/AFICEB-3.png" target="_blank"><img src="http://www.mediapart.fr/files/imagecache/475_pixels/Fabrice%20Arfi/AFICEB-3.png" alt="" /></a></p>
<div>© DR</div>
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<p>S&#8217;il paraît surprenant que plus de dix millions de francs aient pu atterrir, en une seule fois,  sur le compte de l&#8217;Aficeb, <em>a fortiori</em> trois jours après la défaite  d&#8217;Edouard Balladur, il n&#8217;en demeure pas moins que la circulation des espèces n&#8217;était pas forcément illicite à  cette période. En vertu de lois de 1988, 1990 et 1995, les dons des personnes physiques aux candidats étaient autorisés, à condition d&#8217;être plafonnés à 30.000 francs par personne, dont seulement 1.000 francs en liquide.</p>
<p>En outre, le montant global des dons en espèce (donc inférieurs à 1.000 francs par donateur) ne pouvait excéder  20% du montant total des dépenses autorisées par candidat. Soit, dans le cas de M. Balladur, qui pouvait dépenser 90 millions de francs, une somme de 18 millions de francs.</p>
<p>Reste à savoir pourquoi le compte en banque de l&#8217;association balladurienne a été crédité au  lendemain du premier tour de la présidentielle d&#8217;espèces exclusivement composées  de billets en grosses coupures. Interrogé mi-avril par Mediapart, le trésorier de la campagne d&#8217;Edouard Balladur est resté  un instant interdit devant les documents bancaires que nous lui avons soumis: <em>«Cela ne me dit rien. Une telle somme, tout de même, je ne l&#8217;aurais pas oubliée», </em>a assuré René Galy-Dejean, ancien député et maire du XV<sup>e</sup> arrondissement de  Paris.</p>
<p><em>«Ce qui me trouble le plus, </em>a-t-il ajouté,<em> c&#8217;est qu&#8217;il  s&#8217;agisse de grosses coupures, alors que je n&#8217;en voyais quasiment jamais passer.»</em> L&#8217;ancien trésorier explique en effet que l&#8217;essentiel des espèces était collecté à l&#8217;occasion des meetings.</p>
<p><em>«C&#8217;était une source de financement non négligeable. Je me souviens notamment d&#8217;un des derniers meetings, au Bourget, fin mars 1995, au cours duquel on avait essayé  d&#8217;extraire le maximum d&#8217;argent. C&#8217;est le député Hugues Bassot</em> (décédé dans un accident de voiture en décembre 1995, NDLR) <em>qui  collectait les fonds. Mais c&#8217;était l&#8217;argent des militants et des sympathisants,  donc presque toujours des petites coupures, comme des billets de 10, 20 voire  50F, et jamais des billets neufs. Non, vraiment, je ne comprends pas&#8230;»</em></p>
<p>Sollicité, Edouard Balladur n&#8217;a pas souhaité s&#8217;exprimer sur le sujet.</p>
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		<title>Vente d&#8217;armes au Pakistan: la réponse de Balladur &#8211; 26 Avril 2010</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 19:47:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Libération]]></category>

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		<description><![CDATA[Edouard Balladur répond aux révélations  de «Libération»,  qui font état ce lundi de soupçons de financement illégal de la  campagne présidentielle de 1995. Selon notre enquête, l&#8217;ancien Premier  ministre aurait reçu 10 millions de francs (1,5 millions d&#8217;euros) en  espèces, un versement qui pourrait être lié à des rétrocommissions lors [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Edouard Balladur répond aux <a href="http://www.liberation.fr/politiques/0101632141-vente-d-armes-a-pakistan-la-piste-balladur">révélations  de «</a><a href="http://www.liberation.fr/politiques/0101632141-vente-d-armes-a-pakistan-la-piste-balladur">Libération»</a>,  qui font état ce lundi de soupçons de financement illégal de la  campagne présidentielle de 1995. Selon notre enquête, l&#8217;ancien Premier  ministre aurait reçu 10 millions de francs (1,5 millions d&#8217;euros) en  espèces, un versement qui pourrait être lié à des rétrocommissions lors  de la vente de sous-marins français au Pakistan.</p>
<p>Dans une tribune qui sera publiée mardi par <em>Le Figaro</em> &#8211; et  visible dès aujourd&#8217;hui sur le site <a href="http://www.lefigaro.fr/politique/2010/04/26/01002-20100426ARTFIG00429-karachi-les-explications-d-edouard-balladur-.php" target="_blank">lefigaro.fr</a> &#8211; Edouard Balladur rejette toute<em> «responsabilité indirecte dans la mort de onze Français»</em> en 2002 à  Karachi. Il affirme que <em>«dans cette présentation des choses rien ne  correspond à la vérité, rien n&#8217;est étayé par les faits».</em></p>
<p><em>«Tout s&#8217;appuie pour l&#8217;essentiel sur une note émanant d&#8217;un agent  d&#8217;une officine privée de sécurité, note établie en 2002, après  l&#8217;attentat, et qui amalgame un tissu d&#8217;invraisemblances et d&#8217;absurdités»</em>,  juge-t-il, avant de développer un argumentaire en cinq points.</p>
<p>Le candidat à la présidentielle de 1995 dit <em>«ignorer»</em> s&#8217;il a  été décidé d&#8217;avoir recours à des commissions lors de la vente de trois  sous-marins au Pakistan en 1994. Il affirme également que pour le <em>«financement  des dépenses électorales de [sa] campagne, [il a] eu recours à  l&#8217;ensemble des moyens légaux dont [il] disposai[t]»</em>. Il ajoute que  les comptes de sa campagne <em>«ont été audités puis remis au Conseil  constitutionnel et validés par lui dans une décision publiée au Journal  Officiel du 12 octobre 1995»</em>.</p>
<p>Edouard Balladur s&#8217;interroge sur le <em>«délai»</em> de six ans entre  une éventuelle <em>«suppression du versement de commissions en 1996»</em> et l&#8217;attentat de 2002. Enfin, il se demande pourquoi les destinataires  du rapport commandé en 2002 <em>«n&#8217;en ont fait aucun usage (&#8230;)  jusqu&#8217;en 2008»</em>.</p>
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		<title>Pourquoi Balladur ne répond pas sur l&#8217;essentiel &#8211; 26 Avril 2010</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 19:46:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles Libération]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Renaud Lecadre
Après les révélations  de «Libération» sur un financement présumé illégal de sa  campagne présidentielle de 1995, Edouard Balladur a demandé à être  entendu par la mission d&#8217;information parlementaire sur l&#8217;attentat  de Karachi en 2002.
«Il a lui-même demandé à être entendu», a déclaré à l&#8217;AFP le  député UMP Yves [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Renaud Lecadre</strong></p>
<p>Après les <a href="http://www.liberation.fr/politiques/0101632128-les-commissions-suspectes-du-reseau-balladur">révélations  de <em>«Libération»</em></a> sur un financement présumé illégal de sa  campagne présidentielle de 1995, Edouard Balladur a demandé à être  entendu par la mission d&#8217;information parlementaire sur <a href="http://www.liberation.fr/societe/0101597665-l-argent-au-c-ur-de-l-attentat-de-karachi">l&#8217;attentat  de Karachi</a> en 2002.</p>
<p><em>«Il a lui-même demandé à être entendu»</em>, a déclaré à l&#8217;AFP le  député UMP Yves Fromion, président de cette mission, confirmant une  information du <a href="http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-04-26/info-lepoint-fr-karachi-balladur-demande-a-etre-entendu/920/0/448070" target="_blank">Point.fr</a>. La date d&#8217;audition de l&#8217;ancien Premier  ministre (1993-1995) n&#8217;est pas encore connue.</p>
<p>Dans ce contexte, «Libération» revient point par point sur la <a href="http://www.liberation.fr/politiques/0101632194-vente-d-armes-au-pakistan-la-reponse-de-balladur">réponse  d&#8217;Edouard Balladur</a> à nos révélations sur des soupçons de  financement illégal de la campagne présidentielle de 1995.</p>
<p>1) <strong>«</strong><em><strong>La vente de trois sous-marins au  Pakistan a été autorisée par moi lors de la visite en 1994 de Mme  Bhutto. La décision d’autoriser l’octroi de commissions n’était pas de  la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J’ignore si,  en l’espèce, il a été décidé d’y avoir recours.</strong></em><strong>» </strong></p>
<p>Edouard Balladur se réserve les lauriers industriels d’un grand  contrat d’armement (5,4 milliards de francs à l’époque), mais sans se  mêler des basses contingences financières. Contrairement à ce qu’il  proclame, le versement de commissions relevait bien d’une décision  gouvernementale &#8211; ne serait que pour permettre au vendeur de les déduire  de son bénéfice imposable. En matière d’armement, le ministre du Budget  (Nicolas Sarkozy à l’époque) devait obligatoirement donner son feu  vert. Nicolas Bazire, alors proche conseiller à Matignon, a également eu  son mot à dire. A entendre Balladur, ses deux Nicolas ne faisaient pas  partie de «<em>ses services</em>»… A moins que lui-même n’eut été un  Premier ministre fantoche.</p>
<p>2) <strong>«</strong><em><strong>Pour assurer le financement des  dépenses électorales de ma campagne, j’ai eu recours à l’ensemble des  moyens légaux dont je disposais (…). Les comptes de ma campagne ont été  audités puis validés par le Conseil constitutionnel.</strong></em><strong>»</strong></p>
<p>Edouard Balladur se garde bien de répondre ou de démentir  l’information de «Libé»: dix millions de francs ont atterri sur son  compte électoral en avril 1995, soit 20% du budget de sa campagne.  L’intitulé officiel de cette colossale remise en espèces (collectes  effectuées lors de meetings électoraux) colle difficilement avec ces  coupures de 500 euros. Que le Conseil constitutionnel ait décidé de  valider le tout ne change rien à cette incongruité.</p>
<p>3) <strong>«</strong><em><strong>En 1996, si j’en crois les  déclarations de certains responsables gouvernementaux de l’époque, le  versement des commissions qui auraient été afférentes à ce contrat a été  interrompu, alors que ma campagne présidentielle était terminée depusi  un an et qu’il n’était nul besoin de la financier.</strong></em><strong>»</strong></p>
<p>De fait, les chiraquiens revenus au pouvoir en 1995 ont interrompu un  certain nombre de commissions allouées sous le précédent gouvernement.  Mais là encore, l’ex-Premier ministre fait mine d’ignorer la seconde  information de «Libération»: deux intermédiaires du contrat pakistanais,  introduits dans le circuit par des balladuriens, ont obtenu que leurs  commissions (théoriquement échues tout au long du contrat, sur une  période de dix ans), soient versées d’un seul bloc au cours du premier  semestre 1995, en pleine campagne présidentielle.</p>
<p><strong>Ajout à 18h: réaction de Me Olivier Morice</strong></p>
<p><!-- 	 	 --></p>
<p>L&#8217;avocat des familles de victimes de l&#8217;attentat de Karachi, Me  Olivier Morice, a accusé l&#8217;ancien Premier ministre de mentir et annoncé  qu&#8217;il demanderait aussi son audition, mais devant le juge d&#8217;instruction  antiterroriste chargé de l&#8217;enquête, Marc Trévidic.</p>
<p><em>«Les parties civiles considèrent que Monsieur </em><em>Balladur</em><em> ment d&#8217;une façon absolument éhontée par rapport aux éléments qui sont  dans le dossier»</em>, a-t-il déclaré. <em>«Il est bien évident que dans  les prochains jours nous allons demander l&#8217;audition de M. </em><em>Balladur</em><em> qui n&#8217;est couvert par aucune immunité.»</em></p>
<p>Il s&#8217;agit selon lui de confronter l&#8217;ancien candidat <em>«à un certain  nombre de pièces du dossier, de témoignages qui détruisent totalement  (son) système de défense»</em> alors qu&#8217;il <em>«se retranche totalement  derrière la validation de ses comptes (de campagne, ndlr) par le Conseil  constitutionnel»</em>.</p>
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