«Il peut s’agir des militaires» – 10 Novembre 2009

par admin ~ 12 novembre 2009. Classé dans: Articles Libération.

Par GUILLAUME DASQUIÉ (à Karachi)

Interview: Le général Hamid Gul, qui a dirigé des services secrets pakistanais, évoque l’attentat de Karachi en 2002.

A Paris, la justice cherche à établir s’il existe une relation de causalité entre l’attentat de Karachi du 8 mai 2002, ayant tué 11 salariés français de la Direction des constructions navales (DCN), et des engagements secrets passés lors du contrat pour lequel ils travaillaient au Pakistan. Ou si cet attentat est uniquement l’œuvre d’Al-Qaeda, qui aurait pris une cible française au hasard. A travers ces hypothèses, l’instruction s’intéresse au rôle des services secrets pakistanais de l’Inter-Services Intelligence (ISI). Une organisation paramilitaire toute puissante, impliquée dans nombre de coups tordus. Au Pakistan, nous avons interrogé le général Hamid Gul. Il a dirigé l’ISI de 1987 à 1989, et structuré ses relations systématiques avec plusieurs mouvements terroristes.

Vous ne semblez pas croire qu’Al-Qaeda puisse être lié à l’attentat du 8 mai 2002 contre ce bus de la DCN, pourquoi ?

A mon avis, l’évaluation des juges français, selon lesquels il pourrait s’agir d’une affaire liée à un accord secret, à des sommes qui auraient dû être versées et qui ne l’ont pas été, est la piste qui doit être privilégiée dans le déroulement des investigations.

En France, les auditions ont établi que ce contrat des trois sous-marins vendus au Pakistan prévoyait un peu plus de 10% de commissions, qu’en pensez-vous ?
C’est très inhabituel. Généralement, ça se situe entre 3% et 5%. Entre 1999 et 2001, des procédures judiciaires diligentées au Pakistan ont visé les personnalités qui avaient été corrompues dans le cadre de ce contrat pour l’achat des sous-marins français, que savez-vous à ce sujet ?

Le chef d’état-major de la marine a été condamné dans cette affaire. Le National Accountability Bureau [équivalent de la Cour de discipline budgétaire, ndlr] a mis la main sur lui alors qu’il était réfugié aux Etats-Unis. Il en a été extradé. Il vit maintenant libre au Pakistan, après avoir remboursé beaucoup d’argent.

La France aurait stoppé en 1996 le paiement d’une petite partie des commissions, et le Pakistan aurait saisi une autre partie des commissions à travers des procédures judiciaires achevées en 2001. Est-il possible que l’attentat soit la conséquence de ces décisions ?

Oui. Des hypothèses que nous pouvons retenir, je pense que celle-ci est la plus probable. Cependant, la seule chose qui me gêne, c’est la présence d’un kamikaze dans cet attentat. Evidemment, cette personne a pu être utilisée sans l’informer des conséquences de ce qu’on lui demandait [Il s’agit du conducteur de la Toyota dont le coffre contenait les explosifs et qui s’est garé contre le bus de la DCN, avant que la voiture piégée n’explose, ndlr].

Est-il possible que des personnels de l’armée ou des services de renseignements soient impliqués dans cette attaque contre les employés français de la DCN ?

Il peut s’agir de militaires. Quelqu’un qui reçoit des commissions occultes peut faire appel à des criminels sur Karachi. Mais ce n’est pas un travail institutionnel. Parce que je connais la culture des militaires et celle des services de renseignements. Mais quelqu’un a pu agir en dehors de l’institution, pour prendre une revanche et en faisant appel à des réseaux criminels.

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