Affaire de Karachi: ce qui accuse le président du Pakistan – 3 Aout 2010

par admin ~ 11 août 2010. Classé dans: Articles Médiapart.

Par Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme

Officiellement, ils n’en ont pas parlé. L’affaire de Karachi n’a pas été abordée lors d’une rencontre à l’Elysée, lundi 2 août, entre Nicolas Sarkozy et le président du Pakistan, Asif Ali Zardari, pourtant tous deux cités à de nombreuses reprises et à des degrés divers dans le dossier. Un véritable acte manqué…

Depuis deux ans, un magistrat français, le juge d’instruction parisien Marc Trévidic, a recueilli plusieurs témoignages et documents qui mettent directement en cause le président pakistanais dans un système de corruption d’Etat au cœur de ventes d’armes franco-pakistanaises, que Nicolas Sarkozy avait, en leur temps, suivies de très près.

Le juge Trévidic enquête sur les causes de l’attentat de Karachi, qui a tué le 8 mai 2002 quinze personnes dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN). Ceux-ci travaillaient à l’exécution d’un contrat d’armement – la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan –, conclu en septembre 1994 par le gouvernement d’Edouard Balladur.

Le juge, qui a définitivement exclu la thèse Al-Qaïda, privilégie désormais une hypothèse d’enquête selon laquelle les victimes de l’attentat de Karachi ont été la cible d’un règlement de comptes lié aux dessous financiers du contrat Agosta, en l’occurrence le non-paiement de pots-de-vin à des intermédiaires pakistanais.

MM. Sarkozy et Zardari

«Quand ces événements sont intervenus (en 2002), j’étais en prison (dans le cadre de plusieurs affaires financières qui lui ont valu le surnom de “Monsieur 10%” dans son pays, NDLR). Je ne vois pas comment je pourrais avoir un lien avec cette affaire. Pour nous, cet attentat n’a rien à voir avec le contrat des sous-marins (…), c’est un pur acte de terrorisme», s’est défendu M. Zardari dans un entretien au Monde, daté du 4 août.

Reste que s’il n’y a, pour l’heure, pas de preuve matérielle d’un lien entre le contrat des sous-marins pakistanais et l’attentat, le juge Trévidic a d’ores et déjà recueilli une masse importante de documents et témoignages qui jettent une lumière crue sur les troubles mœurs politico-financières qui ont entouré la conclusion du marché Agosta.

Deux personnages clés ont émergé de l’enquête. En France: Nicolas Sarkozy, ministre du budget entre 1993 et 1995, c’est-à-dire celui qui a validé les plans de financement des contrats d’armement comprenant le versement des commissions occultes. Au Pakistan: Asif Ali Zardari, ministre du gouvernement (de l’environnement puis de l’investissement) et, surtout, mari du premier ministre de l’époque, Benazir Bhutto, épousée en 1987 à la faveur d’un mariage arrangé par la mère de celle-ci. Les deux mêmes qui se retrouvent, quinze ans plus tard, sur le perron de l’Elysée…

Aussi choquant que cela puisse paraître, en 1994, au moment des négociations du contrat Agosta, rien n’était plus légal pour une entreprise ou un Etat que de corrompre des décideurs étrangers (politiques, administratifs, militaires…) afin de décrocher un contrat à l’international.

Il faudra attendre 1997 pour que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mette un terme à cette béance juridique, à l’origine de toutes les dérives commerciales et irresponsabilités politiques. La convention OCDE ne sera toutefois ratifiée par la France que trois ans plus tard, en septembre 2000.

La corruption, «du balayeur au premier ministre»

Quand la France se met, dès 1992, sur les rangs du marché des sous-marins pakistanais, l’Etat, qui est actionnaire majoritaire de la DCN, peut donc corrompre en toute légalité. Et il ne s’en privera pas face à la rude concurrence suédoise et allemande d’alors. Les pots-de-vin sont prêts et peu importe que le Pakistan, qui choisira la France au cours de l’année 1994, soit l’un des pays les plus instables au monde, entre corruption de ses élites, nationalisme exacerbé, dérives fondamentalistes et menace permanente d’une guerre nucléaire avec l’Inde.

Sur les 826 millions d’euros que représente la vente des sous-marins Agosta, la DCN (constructeur et exportateur des bâtiments militaires) réserve une première enveloppe de commissions d’un montant de 51,6 millions d’euros (6,25% du contrat), destinée à des intermédiaires chargés de redistribuer ensuite l’argent à des dignitaires du pays acheteur. Pour les “convaincre”. Un organisme d’Etat est alors mandaté pour faire le lien entre la DCN et les agents d’influence, la Société française de matériels d’armement (Sofma). Objectif corruption.

Interrogé le 23 novembre 2009 par le juge Trévidic, l’ancien directeur international de la DCN, Emmanuel Aris, a déclaré à ce sujet: «Dans mon esprit, les 6,25% versés à la Sofma couvraient l’ensemble des décideurs politiques ou militaires. (Ils) devaient à mon sens couvrir l’ensemble des intervenants, du balayeur, c’est une façon de parler, au premier ministre pakistanais, en passant par tous les échelons concernés.» Lors de son audition, Emmanuel Aris ne dit jamais «corrompus» à propos des destinataires ultimes des commissions, mais, plus pudiquement, «couverts».

Face aux députés de l’Assemblée nationale, qui ont mené une mission d’information parlementaire sur l’affaire de Karachi, Emmanuel Aris sera un peu plus précis. Selon lui, l’enveloppe de pots-de-vin affectée à la Sofma «devait permettre de créer un environnement favorable à la conclusion du contrat. (Cela) permettait de traiter tout le monde: les balayeurs, les petits capitaines, le chef d’état-major de la marine, le ministère des finances ainsi que l’entourage de Mme Bhutto». Avec quelle diplomatie ces choses là sont dites…

«Pour les 4% destinés à Zardari/Bhutto…»

Directeur général délégué de la Sofma au moment d’Agosta, Henri Guittet a en effet assuré dans le bureau du juge Trévidic, le 9 avril 2010, que sur les 6,25% de commissions prévues «il y avait 4% pour Zardari/Bhutto par l’intermédiaire de Lodhi qui peut-être gardait un peu pour lui». Il a aussi déclaré: «Je crois qu’avec Zardari, ils avaient créé une société pour recevoir cet argent. Je ne me souviens pas du nom de la société. Elle était peut-être suisse, ou à Panama (…) Sur ce qui restait, il devait y avoir 1,5% pour Lodhi lui-même, un peu pour Ansari (un autre intermédiaire, NDLR), de l’ordre de 0,25%, et environ 1% pour Zafar Iqbal (autre intermédiaire également, NDLR).»

De plus en plus précis face au juge, Henri Guittet, qui est probablement l’un des meilleurs connaisseurs des dessous d’Agosta, affirmera également: «Pour les 4% destinés à Zardari/Bhutto, je crois qu’il y avait 1% à la signature du contrat de vente, ce qui veut dire au moment où tout peut démarrer et où notamment la caution et l’acompte ont été payés, et 1% un an plus tard. Les 2% restants étaient au prorata du paiement des clients.»

Mais ce n’est pas tout. A l’été 1994, alors que la France a été choisie par le Pakistan pour la vente de ses sous-marins et que tout le monde n’attend plus que la signature du contrat à Islamabad (qui aura lieu le 21 septembre), un phénomène exceptionnel va se produire. Un nouveau jeu de commissions va être débloqué à la dernière minute, sur instruction expresse du gouvernement Balladur. Deux hommes d’affaires libanais vont alors entrer dans le jeu et être destinataires de 4% supplémentaires de commissions, soit 33 millions d’euros.

Le premier, Ziad Takieddine, est un proche des balladuriens de l’époque, dont Nicolas Sarkozy, qu’il aime à présenter comme «un ami». Sur lui pèsent aujourd’hui les soupçons d’un possible financement politique occulte en France grâce au contrat Agosta. En somme, M. Takieddine aurait récupéré, via un obscur montage financier passant par le Luxembourg et l’île de Man, une partie des 33 millions d’euros débloqués au dernier moment dans le cadre d’Agosta pour les redistribuer, in fine, à des décideurs politiques français afin de financer en 1995 la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy fut le porte-parole puis le directeur de campagne. C’est ce qu’on appelle la rétrocommission, une manœuvre comptable qui a toujours été illégale en France.

Le second agent d’influence «imposé» par le gouvernement Balladur, pour reprendre le mot d’un ancien responsable de la DCN, se nomme Abdulrahman El-Assir. Egalement proche des balladuriens, El-Assir a un autre avantage: «C’était un ami d’Azif Ali Zardari, le mari du premier ministre Benazir Bhutto, lequel incarnait la clé des contrats de la puissance publique au Pakistan», comme le notera dans un rapport du 11 septembre 2002 un ancien agent du contre-espionnage français, Claude Thévenet, chargé par la DCN d’enquêter sur l’attentat de Karachi.

«Il n’a pas été déçu de sa visite»

Les liens entre MM. Zardari et El-Assir ne sont pas une vue de l’esprit. De fait, les autorités judiciaires britanniques, saisies de soupçons de corruption à l’encontre de Benazir Bhutto et de son mari, révéleront en avril 2001 que plusieurs comptes suisses de l’ancien couple maître d’Islamabad avaient été crédités le 22 août puis le 1er septembre 1995 (soit un an après la signature d’Agosta) de 3 millions de dollars versés depuis un compte à la Citybank de New York appartenant à… Abdulrahman El-Assir.

Nul ne peut dire aujourd’hui si cet argent correspond aux pots-de-vin du marché Agosta, mais selon les enquêteurs britanniques les sommes évoquées ont bien un rapport avec le versement de commissions occultes.

M. Zardari

M. Zardari© Reuters

Un autre pays, la Suisse, avait lui aussi mis au jour à la même période des mouvements financiers compromettants pour les époux Bhutto/Zardari en marge d’une autre affaire de corruption, déclenchée par le gouvernement pakistanais qui a pris la suite de Benazir Bhutto en 1997. Mme Bhutto (décédée dans un attentat en 2007) et son mari ont été poursuivis par plusieurs juges genevois pour blanchiment aggravé dans ce dossier, avant qu’une opportune amnistie judiciaire pakistanaise ne contraigne les autorités helvètes à cesser leurs investigations en 2008. Juste avant que M. Zardari ne devienne président du Pakistan.

Le répit fut de courte durée. Un jugement de décembre 2009 de la Cour suprême d’Islamabad, qui a estimé anticonstitutionnelle ladite amnistie, autorise en théorie la réouverture des investigations.

Or, d’après des informations recueillies à Genève par Mediapart, le nom d’Abdulrahman El-Assir apparaîtrait également dans le dossier Zardari en marge d’un important contrat d’armement signé entre la France et le Pakistan au milieu des années 1990. Selon une source locale, il s’agirait bien du marché des sous-marins Agosta, comme nous en avons déjà fait état.

Fin mai, le juge Trévidic s’est donc rendu au tribunal de Genève pour se plonger dans le dossier. «Il n’a pas été déçu de sa visite et a sollicité la transmission de certains documents très ciblés», a affirmé au quotidien Le Temps la juge d’instruction Alix Francotte Conus, chargée de conduire la procédure d’entraide franco-suisse. A l’évidence, Nicolas Sarkozy et Asif Ali Zardari devraient avoir à l’avenir de bonnes raisons d’échanger sur l’affaire de Karachi.

1 Réponse à Affaire de Karachi: ce qui accuse le président du Pakistan – 3 Aout 2010

  1. vous avez dit corruption

    Entre truands la vie est belle!!!! pour les six familles familles qui ont perdus leur mari ou leur père pour elle un long tunnel noir continue plus de 8ans après se massacre pour que ses truands sur la photo sansmettent pleins les poches et pour eux plus belle est la vie.
    Cette affaire est politique!!sarkozy reçoit toutes les plus grandes pourritures qu’ il a sur la terre en grande pompe en France , Kadhafi Zardari, et tout les autres des pays Africains qui massacre leur peuple mais sa notre cher president se voile les yeux pourvut qu’il ya du frics a se faire .

    [Repondre]

Laisser une Réponse

Image CAPTCHA
*

WP SlimStat